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Bimestriel d’information et de Formation du
Cercle d’Etudes, de Recherche et de Formation Islamiques

250 F CFA

n.002

(CERFI)

L'ORGANISATION DU
HADJ AU BURKINA
FASO : HISTORIQUE,
ACQUIS, INSUFFISAN­
CES, ROLE DE L'ETAT.

INTERVIEW DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

DE Ut TEUEnHI IU1S UEO HdOUblHI lUilO
ISLAMIQUES DU RURKINAIFAIB)

/"

A

L'ENSEIGNEMENT DE L'ARABE
AU BURKINA FASO,
UNE AUTRE APPROCHE P.3

LES DELICES
DE LA FOI P.12

ENTRE FOI
ET LOTERIE P.8
_

Dr Yûssuf Al-Qaradâwî,
LA FOI ET LA VIE P.9

v

J
*c&Bta?sasx!8l WM&MiV&iei

RETOUR EN IRAK
J

a présence des
Etats-Unis
d'Amérique en Irak

n'est ni plus ni
ESamoins qu'une occu­
pation d'un territoire
étranger. N’ayant aucun
fondement moral et ne
reposant sur aucune
norme du droit interna­
tional, elle est illégitime
et illégale. Elle n'est pas
seulement absurde, elle
est surtout injuste. Que
Diantre cherche l'hyper
puissance américaine
sur ces terres aux surfa­
ces arides ? A l'évidence
ni les irakiens, ni leur
devenir n'ont un quel­
conque intérêt pour l'oc­
cupant.
En effet, à la faveur du
malheureux
11
Septembre 2001, les
premiers responsables
américains du moment
o.nt pris d’importantes
décisions poûr conduire
l'humanité ! Il faut sans
doute rappeler avec
force, en terme de clarté
coranique, que ce qui a
fait l'événement dans le
monde, ce on ne peut
plus triste 11 Septembre
2001 n'a aucun fonde­
ment dans les référen­
ces de l'Islam. Ni dans la
tradition du Messager
pas plus que dans ce qui
lui a été révélé par le

0

olation et le désarroi
dans les populations ira­
kiennes en provoquant
des dizaines de milliers
de morts dont au moins
2900 dans les rangs
américains. Ils ont instal­
lés pour on ne sait com­
bien de temps encore
une guerre civile en Irak
qu'ils se refusent à assu­
mer. Quand des hom­
mes sont capables de
mentir contre tous pour
provoquer la mort de
milliers de personnes
même dans leur propre
rang, ces hommes ne
méritent pas notre res­
pect. Les deux mandats
de Georges Bush ont
marqué un recul impor­
tant de la diplomatie
internationale et de l'as­
Il reste
vrai
que
piration des peuples à
l'Amérique sous le cou­
vivre libre et heureux !
vert d'un mensonge au
Les dernières élections
sommet de l'Etat, forgé
américaines ont sans
depuis ses services de
doute souligné un sur­
renseignement a expli­
saut „du peuple améri­
qué son entêtement en
cain pour ne pas suivre
vue de rechercher et de
Bush dans ses erre­
détruire les armes de
ments.
L'Amérique doit se rap­
destruction
massives
(ADM) qui se trouve­
peler que tous les peu­
raient sur le sol irakien. A
ples tiennent cette vérité
la vérité Les Etats-Unis
pour évidente par elled'Amérique
se
sont
même que tous les hom­
mes ont été créés libres
abattus sur l'Irak comme
un vampire assoiffé de - et égaux en droit, qu'ils
ont été doté par le
pétrole. La seule arme
Créateur de certains
s'y trouvant est l'or noir.
droits inaliénables parmi
Ils ont ainsi jeté la désCréateur, il est possible
de trouve une moindre
justification. L'ampleur
de la catastrophe, sa
singularité,
venue
comme une gifle magis­
trale à la face de
l'Empire étasunien, a-telle conduit à la réaction
irréfléchie
au
11
Septembre ? Ou est-ce
la volonté de reconquérir
une opinion américaine
dubitative à la suite de
son élection calamiteuse
contre le démocrate Al
Gore qui a justifié un tel
radicalisme ? Ou encore
serait-ce la pression des
puissants lobbies évan­
gélistes ou juifs qui
dominent la politique
des Etats unis ?

Le

lesquelles la vie, la
liberté et la recherche du
bonheur. La liberté et le
bonheur ne sauraient
s'arrêtés à l’intérieur des
frontières américaines.
Tous les pays, tous les
peuples y aspirent légiti­
mement. Refuser de le
comprendre ou ne pas
le prendre en compte en
tant que première puis­
sance
du
monde
actuelle, c'est transfor­
mer le monde en un
véritable western dans
le Far West.
Ainsi, au moment où les
musulmans du monde
entier s'apprêtaient à
immoler le mouton du
sacrifice à l’occasion de
la fête de Tabaski (id al
adha) les américains ont
trouvé un bélier en fa
personne de Saddam
Hussein, leur complice
de
tous
les temps
comme offrande. Tous
les
hauts
faits
de
Saddam de même que
toutes les énormités
pendant son règne ont
été accomplis avec les
complicités européen­
nes
et
américaines.
Quel est l'enjeu de la
précipitation de son exé­
cution le jour de la fête
sans avoir été jugé pour
tous ses crimes ?

La Rédaction

N° 002 Janvier & Février 2007

[L~-~—--------EDUCATION
J
———*—- -------------L'ENSEIGNEMENT DE L'ARABE AU BURKINA FASO,
UNE AUTRE APPROCHE
Le constat
Il a été constaté lors de l'encadre­
ment de certains étudiants dans des
structures comme l’Association des
élèves et étudiants musulmans au
Burkina (A.E.E.M.B.), le Cercle
d'Etudes, de Recherches et de For­
mation Islamiques (CERFI) et aussi
ailleurs, le phénomène linguistique
suivant : la récurrence de certaines
interférences entre la langue mater­
nelle de l'apprenant et la langue objet
d'appratissage.
A titre illustratif, un étudiant avait dit :
Phrase 1. [ana :
u + ri:d + u +
kum]
" moi, je vous veux (moi,
j'ai besoin de vous)"

Alors qu'il devrait dire tout simple­
ment:
Phrase 2. [

u

+

ri:d + u +

kum]
" je vous veux "
C'est qu'en arabe, toute
apparition verbale est accompagnée
d'un pronom de conjugaison indi­
quant à quelle personne est conjugué
le verbe. Aussi, en phrase (2), le
verbe apparaît-il avec la 1èr6 personne
du singulier qui est la personne à
laquelle est conjugué ce verbe. Le
pronom fait donc corps avec le verbe.
Mais en phrase (1), on a
plutôt un "moi" antéposé à la per­
sonne de conjugaison qui fait corps
avec le verbe. Cela parce que l'étu­
diant reproduit la structure de sa lan­
gue maternelle, le mooré (cf. Phrase
3.).

du verbe, le transfert de la structure
de la langue maternelle vers la lan­
gue arabe ajoute un pronom qui fait
de la phrase (1), une phrase plutôt
emphatique qui n'était pas celle sou­
haitée.

La nécessité d'une étude réforma­
trice
Cette invite est donc non
seulement motivée par les erreurs ci
- dessus spécifiées, qui touchent
malheureusement même des étu­
diants arabophones "avancés", mais
aussi et surtout par la perspective de
la création d'un département d'arabe
à l'université de Ouagadougou.
Perspective qui justifie la nécessité
d'une étude scientifique de cette lan­
gue en rapport avec celle du milieu
d'enseignement. Une étude d'autant
plus opportune qu'il n'est disponible
aucune analyse contrastive anté­
rieure entre l'arabe et les langues du
milieu d'enseignement (le Burkina
Faso).

Aussi, l'étude en contraste de la
structure linguistique de la langue
maternelle de l'apprenant avec celle
de la langue arabe, pourrait-elle
aider, entre autres, à prédire certai­
nes difficultés de l'apprenant.

Vous remarquerez qu'en phrase (3),
le pronom ne fait pas corps avec le
verbe. On a : pronom + verbe, struc­
ture qui s’approche de celle de la
phrase (1) : pronom + pronom de
conjugaison + verbe.

Il sied de mener une étude vérifica­
trice de l'influence, positive ou néga­
tive, du comportement phonologique,
morphosyntaxique des langues loca-.
les sur l'arabe. Partant du postulat
que les langues locales sont distan­
tes de l'arabe (cette dernière est une
langue à cas, marquant le nom selon
sa fonction), on s'attend à ce que le
passage du système linguistique des
langues locales à celui de l'arabe soit
ipso facto difficile.
Une étude contrastive élargie et
approfondie, pourrait constituer une
littérature didactique plus vaste et
appropriée à l'enseignement au
Burkina Faso de cette langue étran­
gère qui mobilise un grand effectif de
l'enseignement primaire. Il nous sem­
ble donc impératif de s'y atteler.

Ainsi, le pronom de conjugaison étant
considéré comme partie intégrante

Les voies d'analyse
Dans le contexte multilingue du

Phrase 3.
+
lamé
veux"

èm + ràt + y
"je vous

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

Burkina Faso, il serait plus convena­
ble d'entreprendre une analyse
contrastive à modèle multilingue. Ce
modèle d'analyse permettrait de
découvrir les erreurs qui sont dues à
l'interférence des langues locales,
chacune en ce qui la concerne, sur
l'arabe.

Aussi est - il suggéré :
- La conduite de l'analyse contrastive
sur le modèle multilingue entre les
langues nationales, le français et
l'arabe en vue de produire une gram­
maire contrastive adaptée aux appre­
nants de l'arabe dans ce pays à lan­
gues maternelles multiples et ayant
le français comme langue officielle.
- La conduite du même modèle
d'analyse contrastive entre les sousgroupes de langues nationales. Cela
permettrait d’établir les structures lin­
guistiques qui leurs sont communes
afin d’entreprendre une analyse
contrastive multilingue entre ces
sous- groupes, et l'arabe et éventuel­
lement entre ces sous-groupes, le
français et l'arabe. Cette entreprise
pourrait servir à l'écriture d'une gram­

maire contrastive adaptée entre les
sous-groupes de langues et l'arabe.
D'une manière générale, pour la
réussite de l'enseignement de l'arabe
en particulier, il serait intéressant de
prendre des mesures dans le sens
de :
- L'accès à la littérature écrite et orale
(bibliothèques, centre de télévision
en langues arabes, jeux radiophoni­
ques).

- La production de documents didac­
tiques communs à toutes les écoles
avec des niveaux gradués et propor­
tionnés si l'on veut effectivement arri­
ver à un enseignement supérieur pro­
bant.
- L'engagement de l'Etat dans le suivi
des programmes d'enseignement
élaborés pour tous les niveaux en for­
mant des inspecteurs d'enseigne­
ment de la langue arabe. C'est de cet
engagement que dépendra l'attache­
ment ou le non- attachement des
populations à leurs méthodes d'en­
seignement tâtonnantes.
Abdoul Wahid Ouédraogo,
linguiste

“Le Cerfiste”
Récépissé de déclaration
N°012697/CAO-TGI/OUA/P.F. du 10 novembre 2006

09 BP 911 Ouagadougou 09 Burkina Faso
Tél : 76 61 57 67/ 50 36 08 03Email :cerfiben@fasonet.bf
Siège social sis 1200 logements derrière le centre CIJEF

Directeur de Publication
Président du CERFI
Rédacteur en Chef
Hamidou YAMEOGO
Secrétariat de Rédaction
Alizèta OUEDRAOGO

PAO & Impression
Altesse Burkina : 50 39 93 10
Tirage : 1000 Exemplaires

0

DOSSIER

—b

L'ORGANISATION DU HADJ AU BURKINA FASO : HISTORIQUE,
ACQUIS, INSUFFISANCES, ROLE DE L'ETAT.
epuis les années 1990, le
hadj suscite un intérêt
particulier chez les fidèles
musulmans et les autori­
tés politiques du Burkina.
En effet, l'Etat s'est impliqué
tement dans l'organisation du
Pèlerinage et de nombreuses

D

structures ont vu le jour dans le
cadre de l'accomplissement de ce
cinquième pilier de l'Islam.
Au même moment, des critiques de
plus en plus virulentes, réclamant
soit un retrait de l'Eat de l'organisa­
tion du hadj, soit des assises sur le
pèlerinage, sont formulées après
chaque édition contre l'Etat et ses
partenaires locaux et internatio­
naux.
Au - delà des motifs de l'interven­
tion de l'Etat laïc dans l'organisation
de cette activité religieuse, le pré­
sent exposé a pour objet de répérer
les différentes étapes de l'organisa­
tion du hadj au Burkina Faso et
d'en exposer les acquis et les insuf­
fisances.

I - LE HADJ : FONDEMENTS ET
IMPORTANCE DANS LA RELI­
GION MUSULMANE
1- DÉFINITION, FONDEMENTS
LÉGAUX ET RITES DU HADJ

Le hadj, 5e pilier de l'islam, a été
rendu obligatoire aux musulmans,
une fois dans la vie , en l'an 9 de
l'hégire. Il trouve son fondement
juridico-religieux dans le verset 97
de la sourate III du Coran qui sti­
pule : " Le pèlerinage à la Mecque
est un devoir envers Dieu pour
toute personne capable de l'effec­
tuer. "
Dans son discours d'adieu, le
Prophète Muhammad a dit : "Dieu
vous a prescrit le pèlerinage,
accomplissez - le". Dans un autre
hadith rapporté par Boukhari et
Mouslim il ajoute : "L'Islam est
fondé sur cinq piliers : témoigner
qu'il n'y a point de divinité à part
Dieu et que Muhammad est son
messager ; accomplir la prière ;

0

s'acquitter de l'aumône légale, jeû­
ner le mois de Ramadan ; et effec­
tuer le pèlerinage à la Mecque pour
ceux qui ont les moyens"
Les jurisconsultes musulmans
direc
­
reconnaissent
unanimement que le
pèlerinage majeur, c'est-à-dire le
hadj, est une prescription divine,
qu'il représente une évidence reli­
gieuse que tout fidèle est censé
connaître. L'accomplissement de
ce pilier exige du fidèle d'être
musulman, pubère, saint d'esprit et
d'avoir les possibilités physiques et
matérielles de l'accomplir.

- Les rites du hadj : Le hadj com­
porte quatre (4) règles de base
appelées arkân dont l'observance
est hautement indispensable et
nécessaire. La transgression de
l'une de ces règles rend le hadj nul
et non avenu. Ce sont :
• L'Ihram : c'est l'abstention. Il s'agit
de l'entrée en état de consécration
après avoir formulé l'intention d'ac­
complir le hadj en tant que devoir
religieux.
• Le Tawaf : c'est la circumambula­
tion autour de la Ka'ba .
■ Le Sa'y : le Sa'y est la course pro­
cessionnelle entre les monts Safa
et Marwa.
• La station d'Arafat: Il est une obli­
gation d'observer la station
d'Arafat.
Aces règles de base ou rites fonda­
mentaux s'ajoutent les Wâjibât ou
devoirs. Ils sont obligatoires, mais
leur non-observance n'entraîne pas
l'annulation du pèlerinage parce
que le fidèle peut se racheter en
immolant une tête de bétail. Il s'agit
entre autre du fait d'entrer en état
de sacralisation à partir du Mîquât ;
d'observer la station d'Arafat
jusqu'au coucher du soleil ; de lapi­
der les stèles (Al-jamarât) qui sym­
bolisent Satan. Il s'agit aussi des
recommandations de passer la nuit
du 10 Dhul Hidjja à Muzdalifa ; de
passer la nuit du 11 et du 12 Dhul
Hidja à Mina ; d'accomplir la circu­
mambulation d'adieu (Tawaf alwadâ)...

Une dernière série de rites du hadj

constitue les actes sunna. Celui qui
les néglige ne doit aucune compen­
sation, mais aurait raté des actes
méritoires dont la récompense est
énorme. Il s'agit par exemple du fait
de toucher la pierre noire, du fait de
se laver avant l'Ihram, du fait de se
mettre en état d'Ihram après une
prière obligatoire ou surérogatoire,
etc.
La doctrine classique de l'Islam
définit trois modalités légales pour
accomplir le pèlerinage majeur à
savoir : l'ifrad, le Tamattu et le
Qiran. Le pèlerin qui opte pour
l'ifrad ne doit accomplir que le pèle­
rinage majeur durant l'entrée en
état de sacralisation . Le tamattu
consiste à accomplir la Oumra, puis
jouir d'une vie normale (quitter l'état
de sacralisation) avant d'accomplir
le pèlerinage majeur. Quant à celui
qui opte pour le qirân, cela consiste
à accomplir le hadj et la Oumra
sans quitter l'état de sacralisation.
2)- L'IMPORTANCE DU HADJ
DANS LA RELIGION MUSUL­
MANE

L'accomplissement du hadj confère
au musulman plusieurs avantages.
C'est une occasion pour lui de res­
pecter un devoir religieux et de
consolider ainsi ses liens avec Dieu
; de revivre l'histoire du messager
d'Allah par la visite de lieux symbo­
liques et enfin de réaliser le pèleri­
nage accompli avec piété. Un
hadith dit à ce sujet: "Celui qui
accomplit le pèlerinage sans....
commettre un acte répréhensible,
reviendra chez lui exempt de
péchés comme au jour de sa nais­
sance". L'observance de ce rite cul­
tive en l'homme certaines vertus
comme l'altruisme, la générosité,
l'endurance, la discipline, la modes­
tie, la tolérance et le respect per­
manent des commandements
divins. Le Chaykh Mahmoud
CHALTOUT de l'université égyp­
tienne d'AI-Azhar dans Orientation
de l'Islam affirme que, par l'Ihram,

"le pèlerin renonce aussi aux traits
de distinction sociale entre indivi­
dus, traits qui font des êtres
humains ou des maîtres ou des'
esclaves ou des exploitants ou des
exploités. Al Ihram rend tout le
monde égal et sème la fraternité
entre tous. "
Le hadj permet de
consolider le lien de /'ensemble des
pèlerins avec le passé de la nation
musulmane. H permet aussi d'enra­
ciner le sentiment d'égalité, et de
justice, d'éradiquer la ségrégation
basée sur la stratification sociale
qui implique la haine, la discorde et
l'injustice. C'est en somme " une
manifestation de l'égalité absolue
entre les hommes". La société
musulmane étant fondée sur l'en­
traide et l'altruisme, l'égoïsme ne
doit pas y avoir droit de cité.
Un autre objectif majeur du hadj est
de permettre aux musulmans des
quatre coins du monde de discuter
et de parvenir à une position com­
mune vis-à-vis des événements de
l'époque, notamment les conspira­
tions et stratagèmes qui menacent
les musulmans. C'est aussi une
opportunité pour eux d’étudier les
conditions de vie des musulmans
dans chaque pays, de coopérer
pour leur venir en aide, de concréti­
ser l'échange et l'entraide entre les
musulmans au niveau économique
et social.

Il - LA PARTICIPATION DES BUR­
KINABE AU HADJ AVANT LES
INDEPENDANCES
La Haute - Volta, devenue Burkina
Faso depuis 1984, est un pays
sahélien de 13 millions d'habitants.
II compte 55,9% de musulmans
selon le recensement de 1996 réa­
lisé par l'Institut National de la
Statistique et de la Démographie.
La pratique du hadj remonte de ce
fait à des périodes très reculées.
Durant la période coloniale, en l'ab­
sence de cadre organisé, l'accom­
plissement du hadj relevait d'initiati­
ves personnelles. La plupart des

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

pèlerins voyageaient à pied. Les

de la langue arabe considérée

musulmans, plus que les adeptes
des autres communautés religieu­

comme le canal des idées subver­
sives sont limités. Siaka DIALLO
dépeint la situation en ces termes,
"La pratique de la religion musul­
mane était rigoureusement sou­

ses, ont souffert de la domination
coloniale. Cela est du au fait que la

France entendait faire du Moogo le
bastion du Christianisme et sa base
de résistance contre l'Islam. C'est
du reste ce qu'a confié un officier
supérieur à Mgr Hacquard : " Dans
la boucle du Niger, envahie depuis
longtemps par les musulmans [...]
seul le mossi ne s'est pas laissé
entamer; il faut en le christianisant,
en faire notre base de résistance à
tout mouvement islamique possi­
ble, il faut que le mossi soit
l'Abyssinie de notre empire souda­
nais ". Les musulmans étaient sou­
mis à une surveillance stricte et à la
répression à cause de la politique
coloniale française en vigueur.
Cette politique musulmane de la
France selon Jean AUDOUIN et
Raymond DENIEL peut assez bien
se résumer dans les principes sui­
vants : " Séparer l'Islam noir de ses
racines arabes, dissocier sa dimen­
sion religieuse de ses composan­
tes politiques et sociales pour
mieux orienter celles-ci vers de
nouvelles bases, maintenir enfin
les divisions entre les divers grou­
pes islamisés"
Ainsi, le Gouverneur général basé
à Dakar demanda que soit contrô­
lée la propagande faite par les par­
ticipants au hadj. Il est convaincu
que "l'hostilité à l'action de la
France est entretenue par les pèle­
rins de la Mecque. ", d'où la création
en 1911 d'une police musulmane
permanente chargée de recenser
les marabouts, de contrôler leurs
activités, de leur imposer des lais­
sez-passer destinés à empêcher
leurs actions occultes. Les mara­
bouts fanatiques seront expulsés
s'ils sont étrangers et les agitateurs
seront "poursuivis de façon impi­
toyable". Une circulaire signée par
le Gouverneur CLOZEL le 12 août
1911 stipule que "les marabouts qui
veulent circuler doivent avoir un
laissez-passer qui sera délivré
dans des cas bien définis. Ceux sui
voyagent sans autorisation seront
sanctionnés et reconduits dans leur
village". L'usage et l'enseignement

mise au contrôle des autorités colo­
niales. Aucune école musulmane
ne pouvait enseigner le Coran sans
n'être préalablement autorisée
après d'interminables enquêtes sur
le comportement de son directeur.
Lors des fêtes religieuses, les
imams des mosquées ne pouvaient
débuter la prière sans s'assurer
d'abord de la présence sur les lieux
des dépositaires du pouvoir colo­
nial. Au demeurant, la plupart des
imams étaient imposés par les
administrateurs coloniaux. Le pèle­
rinage à la Mecque était sérieuse­
ment entravé et pour obtenir un
passeport en vue du voyage, les
fidèles subissaient mille et une tra­
casseries." Dans une étude portant
sur
les
rapports
entre
l'Administration coloniale française
et les pèlerins de la Mecque,
Juliette VAN-DUC écrit : "de 1907 à
1925, au départ, quinze (15) musul­
mans qui allaient en Arabie, non
résidents du cercle de Dori y ont
été arrêtés et renvoyés chez eux.
Ils venaient du Liptako, du Yagha,
du Gourma, du Bandiagara, de
Bamako, de Nioro... Aboubacar
SAWADOGO était parti en pèleri­
nage en 1914. A son retour en
1917, il a été emprisonné et les
livres religieux qu'il avait rapportés
ont été brûlés."
Compte tenu de ce contexte, les
pèlerins effectuaient le voyage
clandestinement afin d'échapper à
l'autorité coloniale hostile à l'ac­
complissement du hadj. "On n'ap­
prenait, selon El hadj Oumar
KOUANDA, la participation de
beaucoup de fidèles au hadj qu'à
leur retour. Les départs n'étaient
pas annoncés par crainte des
représailles des colons". Un pèle­
rin d'ethnie bissa interrogé par
Juliette VAN DUC raconte : "J'avais
retenu au départies noms des prin­
cipales villes et villages à traverser.
Quand j'arrivais quelque part, je
demandais la route du prochain lieu
habité, mais je ne disais pas que

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

j'allais à la Mecque".
En dépit des circulaires officielles et
des dispositions prises sur place
pour empêcher les musulmans
d'aller au pèlerinage de la Mecque,
les Voltaïques n’ont cessé d'y partir
et d'en revenir. Le voyage durait
des mois, voire des années car cer­
tains travaillaient en route pour
pouvoir se nourrir. Il leur arrivait
d'abattre leurs montures (ânes,
chevaux...) pour pouvoir survivre,
d'être réduits à la mendicité. Les
voyageurs affrontaient outre la
rigueur du climat, les exactions des
coupeurs de route. Les attaques
destinées à dépouiller les pèlerins
de leurs biens étaient nombreuses.
Pour parer à ces menaces, ces der­
niers s'armaient de lances, de
sagaies, de javelots, d'armes à
feu... Les pistes automobiles se
sont superposées aux anciennes
voies de communication. Les véhi­
cules voyageaient en convois pour
décourager les bandits.
Quant au séjour en Arabie
Saoudite, il est marqué d'abord par
l’accomplissement des rites du
hadj. Ensuite, les pèlerins travail­
laient comme manœuvres dans les
carrières, bergers, serveurs dans
les restaurants, boys, lavandières,
maçons, porteurs d'eau, balayeurs
de mosquées cordonniers, électri­
ciens, coiffeurs, ouvriers agricoles
afin de financer leur voyage retour
et de se doter d'articles de valeur.
Ils profitaient aussi de leur séjour
en Arabie Saoudite pour approfon­
dir leur connaissance islamique.
Les adultes se contentaient d'ap­
prendre les principes généraux de
la religion avec les maîtres corani­
ques de leurs quartiers. Les
enfants et les adolescents suivaient
un enseignement régulier dans les
medersas.
Certains pèlerins après le hadj se
sont installés à la Mecque avec
leurs familles. Ce qui a occasionné
la naissance d'une forte commu­
nauté africaine et voltaïque en
Arabie Saoudite. L'accroissement
du nombre de pèlerins sur les lieux
saints de l'Islam engendre des pro­
blèmes de sécurité, d'hygiène et la
naissance de quartiers pauvres où
se mènent des activités contraires

aux prescriptions islamiques (men­
dicité, vol, promenade des filles
sans voiles pour vendre des
gâteaux, des galettes, des bei­
gnets, etc.). Cela a poussé les
autorités saoudiennes à exiger du
Gouvernement
Maurice
YAMEOGO , dès les indépendan­
ces, le rapatriement des Voltaïques
vivant en Arabie Saoudite. Le gou­
vernement Saoudien adressait
également aux autres Etats des
directives relatives à une meilleure
organisation du séjour de leurs
compatriotes à la Mecque. Ces
événements marquent le début de
la mise en place de structures char­
gées d’organiser le hadj au
Burkina.

Ill - L’ORGANISATION DU HADJ
PAR LES ASSOCIATIONS ISLA­
MIQUES (1960-1995)

L'organisation du hadj par les com­
munautés et associations islami­
ques peut être scindée en deux
grandes phases : La première,
commencée depuis les indépen­
dances prend fin le 19 juillet 1979
avec l’adoption du décret n°79-290
PRES/PM/IS/DGI instituant la
Commission Nationale de Pèleri­
nage (CNP). Les affaires du hadj
durant cette période étaient gérées
par une structure islamique natio­
nale dénommée Communauté
Musulmane de 1a Haute-Volta
(CMHV). La deuxième phase com­
mence en 1979 et prend fin avec
l'adoption
du
décret
N°95513/PRES/PT/MAET du 4 décem­
bre 1995. Le hadj durant cette
période connaît une gestion tripar­
tite à cause de plusieurs incidents
qui ont occasionné le fractionne­
ment de la CMHV et la naissance
de deux nouvelles structures
musulmanes : le
Mouvement
Sunnite du Burkina et l'Association
Islamique de la Tidjania.
A) L’ORGANISATION DU HADJ
PAR LA COMMUNAUTÉ MUSUL­
MANE DE LA HAUTE-VOLTA
(1960-1979)
La Communauté Musulmane de la

Haute-Volta (CMVH) aujourd'hui
Communauté
Musulmane du
Burkina Faso (CMBF) fut créée les
16 et 17 octobre 1962. Son
contexte d'apparition a fait d’elle
l'intermédiaire privilégié entre les
musulmans et le Gouvernement
d'une part, et la direction saou­
dienne du pèlerinage d'autre part.
Il existait avant la naissance effec­
tive de la CMHV un groupe de
croyants chargés d'aider chaque
année les musulmans désirant
effectuer le pèlerinage à l'accomplir
dans de bonnes conditions. Ces
fidèles pour la plupart anciens pèle­
rins assuraient la formation des
candidats au pèlerinage, les
aidaient à remplir les formalités
administratives et à enregistrer
leurs bagages.
Avec le nombre grandissant de
pèlerins, la nécessité de les accom­
pagner à la Mecque en vue de les
encadrer s’est posée. Ce besoin
sera comblé grâce à une subven­
tion de 5.000.000 F CFA que la
BCEAO versait aux musulmans .
Le gouvernement envoyait une
équipe médicale, deux policiers
chargés de la sécurité et souvent
un lot de médicaments. La prise en
charge de ce personnel était assu­
rée par le comité chargé du hadj.
Les dirigeants de la Communauté
Musulmane recevaient aussi de
certains pays arabes (Arabie ’
Saoudite, Algérie, Libye, etc.) de
temps à autres des subventions
sous forme de billets et de frais de
séjour. Issa CISSE parle par exem­
ple de "25 titres de transport
Aller/Retour pour la Mecque pen­
dant le pèlerinage en 1978 offerts
parla Libye". "En 1973, Al-Rabita a
envoyé 10 à 15 billets d'avions aux
fidèles musulmans du Burkina
Faso. En 1973, la Communauté
Musulmane a reçu 05 billets
d'avions offerts par le Roi Faïçal
d'Arabie Saoudite. La Libye quant à
elle envoya en 1978, 25 billets à la
Communauté Musulmane du
Burkina. En 1988, l'Algérie a offert
4 billets d'avion à la Communauté
Musulmane ..."
Ces aides permettaient à la CMHV
d'envoyer un certain nombre d'en­
cadreurs chargés de guider les

0

pèlerins sur les lieux-saints. Au
retour, les pèlerins sont accueillis et
accompagnés chez eux. Tel est en
général le mode de gestion du hadj
initié
par
la
Communauté
Musulmane de la Haute-Volta sous
la supervision de l'Etat. Il permettait
aux pèlerins d'accomplir aisément
leur devoir religieux.
Cependant, les ristournes versées
par Air Afrique vont pousser cer­
tains encadreurs à se muer en de

véritables coxers ou démarcheurs.
Le titre d'encadreur religieux recule,
sinon fait place à la profession de
démarcheur. Certains d'entre eux
vont se livrer à des opérations d'es­
croquerie, voire de spoliation des
pèlerins. Certains pèlerins se
retrouvent privés de leurs pécules
aux lieux saints, d'autres, bien
qu'ayant versé leurs frais de loyer
au démarcheur, se retrouvent
abandonnés dans les mosquées,
devant les magasins et les bouti­
ques ou dans la rue, s'exposant
ainsi aux maladies et aux rafles de
la police saoudienne.
En 1978, le transport des pèlerins
voltaïques est confié à la
Compagnie Nationale Air Volta. Le
manque de personnel qualifié et
d'avions gros porteurs pousse cette
dernière à sous-traiter l'opération
avec la Compagnie Air Algérie. Les
conséquences furent terribles pour
les pèlerins. Des tonnes de baga­
ges sont restés pendant plusieurs
semaines à l'aéroport de Djedda.
Ce qui fait que le hadj 78 s'est
soldé par un échec. Ce problème
joint aux exactions des démar­
cheurs vont pousser les autorités
burkinabé à réagir.
LA COMMISSION NATIONALE
DE PELERINAGE (CNP) : CIR­
CONSTANCES DE CREATION ET
ATTRIBUTIONS

A partir de 1973, la CMHV ne repré­
sente plus tous les musulmans du
pays. Le retour de centains
Voltaïques expulsés d'Arabie fortifie
le mouvement sunnite créé en
1973. Entre temps, une autre asso­
ciation, l'Association Islamique de
la Tidjania de la Haute-Volta voit le
jour en janvier 1979. Les difficultés

d'encadrement
des
pèlerins
Voltaïques soulèvent des protesta­
tions des autorités saoudiennes, ce
qui oblige l'Etat Voltaïque à se pen­
cher davantage sur le dossier du
hadj.
Cette implication a pour objectif de
délivrer les pèlerins de l'emprise
des démarcheurs qui les exploitent,
d'éviter que ne se répète la débâcle

organisationnelle du hadj 78, de
soigner l'image de marque du pays
à l’étranger et enfin de réglementer
l'organisation du hadj en fonction
des divisions survenues suite à
l'implosion de la CMHV. C'est cer­
tainement dans cet esprit que fut
pris
le
décret
n°79-290
PRES/PM/IS/DGI du 19 juillet 1979
portant création de la Commission
Nationale de Pèlerinage (CNP)
placée sous la tutelle du Ministre de
l'Intérieur et de la sécurité. Les
Associations islamiques sont repré­
sentées à la CNP par trois de leurs
membres. Il s'agit d'un représentant
de la Communauté musulmane de
la Haute - Volta (CMHV), d'un
représentant
du
Mouvement
Sunnite et un représentant de
l'Association Islamique de la
Tidjania.
Selon l'article 3 du décret "la com­
mission nationale de pèlerinage est
chargée de l'organisation du pèleri­
nage vers les lieux saints, des ins­
criptions des pèlerins, de la déli­
vrance des passeports, de l'organi­
sation des vaccinations, de la coor­
dination entre les compagnies
aériennes et les pèlerins".
La Commission ne recevait pas de
subvention de l'Etat. Ses sources
de financement provenaient de
subventions de la BCEAO, de la
direction saoudienne chargée du
Hadj, des billets en provenance des
pays du golfe, etc.

B) LA GESTION TRIPARTITE DU
HADJ (1980 - 1995)
Sur le plan pratique, le hadj est
géré par le Délégué général dési­
gné à tour de rôle par les associa­
tions islamiques avec l'accord du
Ministre de l'Intérieur et de la
Sécurité.
Le délégué général était aidé par
un Comité chargé de l'encadre­

ment des pèlerins. Les membres
de ce comité étaient également
désignés par les associations isla­
miques. A partir de 1983 va naître
l'Association Islamique du Burkina(Al B) sous la houlette d'EI Hadj
Lancina TRAORE. Il s'agit d'une
structure non officielle composée
d'éléments désignés par les trois
(3) structures musulmanes pour
gérer le pèlerinage et qui elle ambi­
tionne de gérer efficacement le
hadj. Le rôle de l'Etat est resté sym­
bolique. Dans l'ensemble, les

Associations islamiques par l'entre­
mise des encadreurs et surtout des
démarcheurs assuraient l'organisa­
tion du pèlerinage. Les frais de
transport et d'hébergement des
encadreurs étaient à la charge de
la CNP. Du reste, les démarches
pour l'acquisition des visas et
autres pièces étaient effectuées par
les parents des pèlerins et les
démarcheurs.
Ces
derniers
aidaient les pèlerins à accomplir les
formalités d'inscription, de voyage
et d'accomplissement des rites du
hadj.
En plus des titres de voyage accor­
dés à la CNP pour les encadreurs,
la Compagnie Air Afrique dans le
souci d'assurer sans partage le
transport des pèlerins offraient un
billet d'avion (Aller/Retour) pour un
certain nombre de billets vendus.
En 1999, le vendeur ou démar­
cheur reçevait un billet pour 25 bil­
lets vendus. En l’an 2002 avec
Faso Airways, le taux était d'un bil­
let pour 22 pèlerins inscrits. Quant
à la CNP, elle s'occupait de la ges­
tion des pèlerins qui sont en majo­
rité des éleveurs, des. commer­
çants, des Voltaïques ayant fait for­
tune à l’étranger notamment en
Côte d’ivoire, des paysans et enfin
quelques fonctionnaires. Ils pro­
viennent surtout des milieux ruraux
et sont du 3e âge. Il ressort de nos
enquêtes que leurs fonds provien­
nent surtout de la vente de produits
d’élevage, de bénéfices réalisés
grâce au commerce, d'aides de
leurs enfants, et de "petits entrepre­
neurs indépendants" . C'est ainsi
qu'un pèlerin de 70 ans, déclare
avoir vendu 10 têtes de bœufs afin
de participer au hadj 2002 dans de

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

bonnes conditions. Il arrive aussi

confection des chèques (BCEAO).

Mouslim), Traduction de

non-musulmans

Incontournables dans l'organisation

Ismael, Beyrouth , édition Dar el

aident financièrement leurs parents

du hadj, les démarcheurs empo­

Fiker, p391.

musulmans à accomplir le pèleri­

chaient les pécules et les autres

IV Certains

nage. Il existe une catégorie de
pèlerins bénéficiaires des billets du

frais nécessaires à l'accomplisse­

ment du hadj du pèlerin. Même les

Muhammad Ali Qutb précise que le
fait de se raser ou tailler les che­

Président

frais de logement étaient gardés

veux (halk ou taqsir) et la nécessité

Lamizana affirme recevoir annuel­

par devers chaque pèlerin. Aucun
montant commun
n'est fixé

sement des actes fondamentaux

que

certains

Gouvernement.

Le

lement en son temps des billets au
profit des musulmans burkinabé.

d'avance. Il arrive que des pèlerins

Ces billets (environ 15 par an) pro­

se retrouvent sur les lieux saints

venaient selon ses explications des

sans possibilité de joindre leur

pays arabes et étaient répartis dans
toutes les provinces du pays .

démarcheur pour entrer en posses­
sion de leurs chèques. Certains

C) BILAN PARTIEL
Au titre des acquis, une analyse

des rapports écrits et des sources
orales révèle un bilan largement
positif. L'argumentation générale­
ment avancée a trait au fait que les
pèlerins voltaïques devenus entre
temps burkinabé ont rempli les
conditions pour que leur hadj soit
agréé d'Allah. On ne cite pas d'édi­
tion durant laquelle des pèlerins du
Burkina Faso ont manqué l'accom­
plissement de rites obligatoires du
pèlerinage. Aux yeux des enca­
dreurs et des responsables d'asso­
ciations islamiques, l'objectif est
atteint dès lors que tous les rites
prescrits par le Coran et les hadith
sont respectés. Les quelques insuf­
fisances (retards d'avions, de
convoyage des bagages, problè­
mes d'hébergement, de pertes d'ar­
gent, etc.) sont compréhensibles
étant donné le nombre important de
pèlerins qui convergent chaque
année vers les lieux saints pour le
hadj. Certains estiment que les dif­
ficultés d’encadrement sont pres­
que insurmontables étant donné le
fait que la quasi totalité des pèlerins
viennent du milieu rural . Ils se
retrouvent
déboussolés
dès
Ouagadougou. On n'a pas noté
non plus des cas de conflit de com­
pétence entre les communautés
musulmanes membres de la CNP.

En ce qui concerne les insuffisan­
ces, il y a les cas d'escroqueries
généralement imputés aux démar­
cheurs. Le système mis en place
faisait en sorte que chaque démar­
cheur s'occupe de ses clients-pèle­
rins par l'achat du billet d'avion et la

après avoir été dépossédés de leur
argent sont laissés à eux - mêmes.
On signale aussi des cas de confis­
cations de pécules de pèlerins,
d’organisations répétées ou injusti­
fiées de Ziyara et de location de
bâtiments déclassés pour l'héber­
gement des pèlerins.
Après
avoir
laissé
à
la
Communauté Musulmane pendant
environ deux décennies la gestion
du hadj, le Gouvernement mit en
place en 1979 une Commission
nationale de pèlerinage. Le sys­
tème de gestion tripartite adopté
permettait aux musulmans d'ac­
complir le 5e pilier de l’Islam malgré
les imperfections dues aux retards
dans les programmations des vols
ainsi qu'aux malversations de cer­
tains démarcheurs. Cette période
de gestion du hadj par les structu­
res musulmanes va prendre fin
avec la création en 1995 de la
CNOPM. La gestion du hadj
devient dès lors l'affaire de l'Etat
burkinabé.
Notes
I Dans un hadith rapporté par
Muslim quelqu'un a interrogé le
messager de Dieu : "Notre pèleri­
nage est-il obligatoire uniquement
pour cette année, ou bien nous suf­
fit-il pour toute une vie ? Le
Prophète lui répondit : " Pour toute
une vie".

II Boukhari, Mouslim , Thirmidji,
Abou DAOUD, Ibn MADJA,
Ahmad, sont les plus célèbres com­
pilateurs de hadith.
III Boukhari et Mouslim cités par
ABOU BAKR Djaber Al-Djazaïri in
La voie du musulman (Minhaj al-

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

penseurs

Rima

comme

de Respecter l'ordre de l'accomplis­
sont des piliers du hadj.
VII s'agit précisément de la circu­

mambulation dite d'ifâda que le
pèlerin doit accomplir le 10 du mois
de Dhul hijja.
VI Cela doit ressortir dans l'ihram
par l'intention d'accomplir unique­
ment le hadj : "Labbayka allahoumma bil hadj "Me voici mon
Seigneur pour le hadj".
VII Hadith rapporté par Boukhari,
cité par ABOU BAKR Djaber AlDjazaïri in La voie du musulman
(Minhaj al-Mouslim), Traduction de
Rima Ismaël Beyrouth , édition Dar
el Fiker, p.392
VIII Ministère de l'éducation natio­
nale du Maroc Instruction islamique
1983 p.120
IX Chaykh Mahmoud CHALTOUT
in Instruction islamique 4e année
secondaire Ministère de l'éducation
nationale du Maroc, Rabat, 1983
p.153
X AUDOUIN Jean et Raymond
DENIEL L’Islam en Haute-Volta à
l'époque
coloniale,
éditions
l'Harmattan, 1978, p.83
XI idem p.41
XII AUDOUIN Jean et Raymond
DENIEL op.cit 1978, p.31
XIII idem p.32
xiv Gabriel MASSA et Y. Georges
MADIEGA, (sous la direction de) La
Haute-Volta coloniale : témoigna­
ges, recherches, regard. Paris,
Khartala, 1995, P. 258.
XV Gabriel MASSA et Y. Georges
MADIEGA, (sous la direction de) La
Haute-Volta coloniale : témoigna­
ges, recherches, regard. Paris,
Khartala, 1995, P.33
XV, DIALLO Siaka L'évolution de
l'Islam à Bobo-Diooulasso, des ori­
gines à la crise de la communauté
musulmane. Mémoire de Maîtrise,
1991 p.40
XII Gabriel MASSA et Y. Georges
MADIEGA, op. cité, P. 253-254.
XVIII Kouanda Oumar interview du

05-01-2002
XIX VAN DUC 1988, p.360
XX Maurice YAMEOGO fut le pre­
mier président de la République de
Haute-Volta. Il exerça le pouvoir de
1960 à 1966.
XX, Il s'agissait pour les autorités
saoudiennes de "se débarrasser
des étrangers non autorisés à rési­

der en Arabie ". Confère VAN DUC

1988 ; p.415
XXII El Hadj KOUANDA Oumar
interview du 05-01-2002
XXIII El Hadj Lancina TRAORE
interview du 12-01-2002.
XXIV Cissé Issa Impact des rela­
tions arabo-burkinabé sur l'Islam au
Burkina : des années 60 à nos
jours mémoire de DEA, 1990, p.45
XXV SAMA Hamadou L'aide arabe
et son impact sur l'Islam
au
Burkina Faso : 1962-1990 Mémoire
de
Maîtrise
Université
de
Ouagadougou 1996, pages 81-82.
XXVI A partir de 1987, la BCEAO
décide de suspendre son aide.
XXVII Ces derniers au nombre de
trois assurent la direction du hadj à
tour de rôle d'où la notion de ges­
tion tripartite avancée par certains
de nos informateurs.
XXVIII L'expression est de Réné
OTAYEK
XXIX Confère interview du 04-032002
XXX DIPAMA Issaka interview du
26-12-2001. Harouna SANA24-122001
XXX, Les Ziyara sont les visites aux
lieux symboliques de l'Islam. Par
exemple les cimetières où sont
enterrés les compagnons du pro­
phète, le mont hira où le Prophète a
reçu la première révélation, la
grotte dans laquelle le Prophète et
son compagnon Abou Bakr se sont
cachés au cours de leur exil à
Médine...
XXXII La plupart des responsables
musulmans (Lancina TRAORE,
KOUANDA Oumar , Harouna
SANA, DIPAMA Issaka, Marna
SANOU) ont déploré cette attitude
des démarcheurs.
La suite dans le prochain numéro.

M. OUBDA,
Doctorant en Histoire

ENTRE FOI ET LOTERIE.
u Burkina, le jeu de
blanches à chercher la
hasard fait partie du
bonne combinaison pour
quotidien de beau­
remporter le gros lot d’une
coup de personnes.
compétition hippique. Tous
Parmi les millions
les efforts sont fournis avec
de personnes qui s'adon
­
enthousiasme,
munitie et
nent à ces jeux chaque jour,
détermination. A chaque
il y a un grand nombre de
fois, l’on pense avoir fait le
musulmans. Pourtant, en
bon choix mais quand tel
matière de jeu de hasard le
n’est pas le cas on se pré­
coran est très clair :
pare pour la prochaine fois.
Ces attitudes sont une
"ô les croyants ! Le vin, le
preuve flagrante d’une foi en
jeu de hasard, les pierres
la toute puissance de l’ar­
dressées, les flèches de
gent et "une pièce à convic­
divination ne sont qu’une
tion" de notre manque de foi
abomination, œuvre du dia­
en Dieu le créateur et le
ble. Ecartez - vous - en afin
pourvoyeur par excellence.
que vous réussissiez. Le
Quand il s’agit de Dieu, les
diable ne veut que jeter
gens disent qu’ils n’ont pas
parmi vous, à travers le vin
le temps, qu’ils n’ont pas les
et le jeu de hasard, l'inimitié
moyens. On refuse de prê­
et la haine, et vous détour­
ter 100 f à Dieu et l’on jette
ner d'invoquer Allah et de la
par la fenêtre des centaines
salat. Allez - vous donc y
de francs. Il est très rare de
mettre fin ?" (Coran sourate
voir quelqu'un enlever une
5 verset 90-91)
pièce de 100 f encore moins
200 f quand on demande
Alors, que celui qui n’est pas
les contributions à la mos­
croyant s’y adonne ! Nous
quée. Ils signifient par là
sommes ainsi invités à choi­
qu'ils ne croient pas à la
sir entre notre foi et nos pen­
récompense
promise.
chants. Si l’on fait le mau­
Sinon, y a t - il autre inter­
vais choix, on s’auto exclut
prétation de ces deux attitu­
du groupe des croyants.
des contradictoires ?
Face aux jeux de hasard,

A

l’attitude de beaucoup de
frères et sœurs est pleine
de leçons. Ces derniers
investissent au moins 200 f
dans un ticket de jeu de
hasard. Très souvent, ils ne
gagnent rien mais ils sont
prêts à recommencer la pro­
chaine fois parce qu’ils
espèrent gagner un jour un
gros lot qui leur ouvrirait les
portes
du
"bonheur”.
Beaucoup passent des nuits

0

Des musulmans ne feront
jamais une seule rakate
nocturene du premier jan­
vier au 31 décembre, mais
veillent pour chercher des
numéros de compétitions
hippiques. Là encore, ou ils
ignorent les mérites des
prières nocturnes, ou ils n'y
croient guère.
Les adeptes des jeux de

hasard sont persévérant
malgré
les
échecs.
Beaucoup le sont moins
quand il s’agit de supporter
les épreuves de Dieu. Là
aussi, ou bien nous igno­
rons la récompense pro­
mise aux
endurants, ou
bien nous n'y avons pas foi.

Nous pourrions multiplier les
exemples mais nous revien­
drons à cette évidence,
"Dieu est véridique, le
Coran est véridique, le
Messager de Dieu est véri­
dique. Tout ce que Dieu a dit
se réalisera. Tout ce que
Muhammad a dit lui vient de
Dieu et nous devons y avoir
foi et le pratiquer". Si les
sous que procure le jeu de
hasard sont palpables, si les
services auxquels l'argent
permet d’accéder sont réels
et appréciables par notre
entourage, tous doivent
savoir que Dieu nous met
en garde et nous ouvre
grandement les portes du
repentir et du pardon. Cette
chance est à saisir car
"tchogo tchogo" on y gagne.
Dieu ne laisse jamais perdre
ce que l’on fait aussi minime
ou aussi grand soit - il.
Ailleurs on promet ciel et
terre aux gens et on leur dit
de retenter leur chance.
Pour notre salut le jour der­
nier, l’unique chance donner
à tous est le temps qui
sépare la naissance de la
mort. Ce temps est relative­
ment long mais peut bien
s'arrêter au moment où on
s'y attend le moins. Alors,
prudence. Œuvrons avant
que l'heure ne nous sur­

prenne. L'évidence est que
personne n'aura l'occasion
d'aller dans l’au - delà et de
revenir tenter sa chance
une seconde fois.

Pour ceux qui disent : "vous
qui parlez beaucoup de l'au
- delà, qui est déjà parti là bas et puis revenir dire que
c'est vrai". Qu'ils se rappel­
lent ces versets parmi tant
d'autres : "En vérité, dans la
création des deux et de la
terre, et dans l'alternance de
la nuit et du jour, il y a certes
des signes pour les doués
d’intelligence" (Coran sou­
rate 3 verset 190), "ceux qui
ont troqué la croyance
contre la mécréance ne nui­
ront en rien à Allah. Et pour
eux un châtiment doulou­
reux" (Coran, Sourate3 ver­
set 177), "Et craignez le jour
où vous serez ramenés vers
Allah. Alors chaque âme
sera pleinement rétribuée
de ce qu'elle aura acquis. Et
ils ne seront point lésés "
(Coran sourate 2 verset
281). Et ça ce n'est pas la
loterie, je vous assure. Il est
dit que face à l'évidence du
châtiment, ceux qui auront
agi en mal souhaiteraient
retourner sur terre pour se
consacrer exclusivement à
l’adoration mais la permis­
sion leur sera refusée. Alors
que ceux qui prennent la foi
à la légère sachent qu'il n'y
aura pas une seconde
chance. Que chacun fasse
la bonne combinaison. Et
ceci est possible tant qu'on
est en vie.
Moumouni DABRE

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007



Dr Yûssuf AI-Qaradâwî, LA FOI ET LA VIE
1 -L AUTEUR

dans une pauvreté extrême, tour­

Yûssuf Al -Qaradâwî a vu le jour en
1926 à Saft At-Turâb, dans la pro­
vince de Gharbiyyah en Égypte.

nés vers un mode de vie de plus en
plus occidentalisé qui fait fi des
considerations transcendantes et
qui nous conduit tout droit vers un
cataclisme politico - socio - écono­

Issu dune famille paysane modeste

et attachée à l'islam, il perd son
père à deux ans et ce sera son
oncle paternel qui prendra soin de
lui. Il fréquente l'école coranique de
son village natal où il boucle la
mémorisation du Coran à l'âge de
10 ans.
Apres ses etudes primaires, Yûssuf
AI-Qaradâwî poursuit des études
secondaires dans l'institut azharite
de la ville de Tantâ, études au cours
desquelles il fréquente les Frères
Musulmans et éprouvé du respect
pour le fondateur du mouvement,
Hassan al Banna. Après neuf
années d’études,
il obtint le
diplôme sanctionnant le cycle d'en­
seignement secondaire et se rend
au Caire où il intégra le cycle uni­
versitaire d'AI-Azhar, dans la
Faculté des Fondements de la
Religion. En 1953, il en sort major
de sa promotion.
En 1957, il obtint une agrégation de
lettres arabes, arrivant en tête d'une
promotion de 500 étudiants.
En 1973, Qaradawi soutient une
thèse dont le thème est “l'aumône
légale (la zakâh) et son rôle dans la
résolution des problèmes sociaux”.
Son affiliation au mouvement des
Frères Musulmans lui valut d'être
emprisonné en 1949, puis entre
1954 et 1956 et en 1962.
Déchu de sa nationalité égyp­
tienne, il réside depuis au Quatar
où il allie recherche, enseignement
supérieur, rencontres internationa­
les, vie associative, etc.
Régulièrement invité à l'émission
"Ash-Sharî'ah Wal-Hayâh, La
Législation islamique et la Vie" de la
chaîne panarabe Al-Jazîrah, il y
répond en direct aux questionne­
ments contemporains de musul­
mans en provenance du monde
entier.
Président du
Haut
Conseil
Européen de la Fatwâ et membre
entre autres du Centre de
Jurisprudence
de
la
Ligue

mique.

Une vie éclairée par la foi, laquelle
révolutionne positivement les hom­
mes et les institutions sociales, ce
n'est pas là un idéal, un rêve ireali-

sable. Pour nous en convaincre,
QARADAWI déploie des exemples
tirés de l'histoire musulmane et ce
dans tous les aspects de la vie. Il
suffit d'en citer quelques uns, mais
encore faut-il que nous ayons la

volonté et le courage de nous-y
conformer !
Influence de la conscience reli­
gieuse dans le respect des lois et
de la Justice.

Yûssuf Al - Qaradâwî
Islamique à la Mecque, du Centre
royal de la civilisation islamique en
Jordanie, du Centre des Etudes
Islamiques d'Oxford, Sheikh Yûssuf
AI-Qaradâwî a écrit plus de quatre
vingt ouvrages parmi lesquels :
- Al-Halâl wal-Harâm fil-lslâm Le
licite et l'illicite en Islam,
- Al-Ghinâ' wal-Mûsîqâ fî Daw' AlKitâb was-Sunnah Le chant et la
musique à la lumière du Coran et
de la Sunnah,
- Mushkilat Al-Faqr wa Kayfa 'Âla-

jahâ Al-lslâm Le problème de la
pauvreté et sa solution islamique,
- Al-lmâm Al-Ghazâlî Bayna
Mâdihîh wa Nâqidîh L'Imâm AlGhazâlî entre zélateurs et critiques,
Al-Mubashshirât b-lntisâr Al-lslâm
Les signes annonciateurs de la vic­
toire de l'Islam.

2 -L ŒUVRE
Les Editions ARRISSALA qui ont
édité l'ouvrage ont résumé en quel­
ques mots La foi et la vie et ce de
façon pertinente. “La foi est non
seulement innée en l'homme, elle
est également indispensable à son
bonheur et à l'harmonie de la
société humaine. Partant de cette

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

constatation, le Docteur Youssouf
al Qaradawi s'attache dans cet
ouvrage à mettre en évidence le
rôle bénéfique de la foi dans notre
vie.
Apres avoir rappelé les principaux
traits qui font la spécificité de la foi
musulmane, il montre comment la
foi influence la vie de l'être humain,
en déterminant à la fois sa manière
d'être, ses valeurs et son comporte­
ment.
Mettant le croyant en harmonie
avec son Créateur et à l'unisson
avec le reste de l’univers, la foi
constitue une force motrice qui
dynamise la vie de l’individu et de la
société tout entière.
A une époque où le rejet des princi­
pes directeurs apportés par la foi a
engendré les pires dérives et où le
mirage du matérialisme règne en
maître, il est urgent de souligner,
comme le fait ici le Docteur
Youssouf al Qaradawi, la valeur
d'une vie éclairée parla foi."
Une vie éclairée par la foi, c’est de
cela justement qu'ont urgemment
besoin nos pays, minés par la cor­
ruption et les injustices sociales,
plongés par voie de conséquence

"Omar ibn al Khattab promulgua
une loi interdisant de falsifier le lait
en y mélangeant de l'eau. Mais
l’oeil de la justice est - il capable? de
voir toutes les infractions, et son
bras est - il capable d'atteindre tous
les fraudeurs ? C'est ce que montre
le célèbre récit d'une mère et de sa
fille : la mère voulait mélanger de
l'eau au lait, espérant gagner plus
d'argent, sa fille lui rappela l’inter­
diction
formulée
par
le
Commandeur des Croyants.
La mère dit : "Nous sommes bien
loin
du
Commandeurs
des
Croyants, il ne nous voit pas. "
La fille fit alors cette réponse irrefu­
table : "Si le Commandeur des
Croyants ne nous voit pas, le
Seigneur du Commandeur des
Croyants, Lui, nous voit" P. 281 282
"Ach Chou.bi relate que Ali avait
perdu une cotte de mailles et la
retrouva chez un chrétien. Il l'ammena devant le juge Chourayh
pour porter plainte. Ali dit : "Cette
cotte de mailles m'appartient, je ne
l’ai ni vendue ni donnée. 'Chourayh
...suite page 12

INTERVIEW DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA FÉDÉRATION

DES ASSOCIATIONS ISLAMIQUES DU BURKINA (FAIB)
e Cerfiste : Qu'est - ce qui justifie
la création d'une Fédération des
Associations Islamiques dans notre
pays ?

coordinations territoriales pour don­
ner une ossature à la Fédération au
niveau national. Il y a une autre
préoccupation qui est de diffuser les
idéaux de la Fédération pour rallier la
base car il s'agit d'une affaire d'asso­
ciations et non d'individus. Il faut que
l'ensemble des musulmans soit
pénétré de l'idée fédérale et ce que
ça impose comme conduite chez les

L

El Hadj Souleymane COMPAORE
(SG)
:
La
Fédération
des
Associations islamiques du Burkina
a été créée sur initiative des premiers
responsables de la Communauté
Musulmane, du Mouvement Sunnite,
de Itihad Islamia et de la Tijania. Ils
se sont fait accompagner par les res­
ponsables du CERFI et de
l’A.E.E.M.B., pour faire face à la dis­
persion des musulmans à travers
une centaine d'associations islami­
ques à buts et objectifs divers. C'est
la recherche de l'efficacité pour le
vécu de la foi, c'est la recherche de la
cohésion à travers une coordination
des actions, c'est la nécessité de
doter les musulmans d'un porte parole unique et par voie de consé­
quence de donner un inferlocuteur

unique des musulmans à l'ensemble
de la communauté qui était à la base
de la création de la Fédération des
Associations Islamiques du Burkina.
Le Cerfiste : Quelles sont les mis­
sions essentielles assignées à la
FAIB?

SG : Rassembler les musulmans,
c’est organiser certains aspects du
culte en commun chaque fois que
c'est possible, c'est voir comment
avoir des œuvres unitaires de propa­
gation de l'islam au Burkina, c'est voir
comment on peut y résoudre ensem­
ble les questions d'éducation des
musulmans, rassembler les musul- •
mans veut dire aussi que face à un
problème on ait la possibilité d'avoir
un cadre d'échanges organisé, léga­
lement reconnu avec des responsa­
bles clairement identifiés pour orga­
niser la réflexion dans une telle struc­
ture pour donner une réponse aux
problèmes qui se présentent. Il y'a
également la dimension sociale et
économique. C'est dire que nous
devons travailler à l'épanouissement
social et économique du musulman
et par voie de conséquence, partici­
per au développement de notre pays.

©

uns et les autres.

Vous savez qu'il est possible pour
notre communauté d'organiser des
œuvres sanitaires, des œuvres de
secours, des œuvres de formation,
soit seule, soit en relation avec des
entités nationales ou internationales
ou en collaboration avec d'autres
confessions religieuses. Donc, l'un
dans l'autre , tout cela devrait se tra­
duire en des programmes et en des
projets avec et pour les musulmans.

Le Cerfiste : Justement, parlant de
projets et de programmes, quels sont
les projets concrets auxquels la
Fédération va s'attaquer ?
SG : Les géniteurs de la FAIB ont
pris six (06) ans pour parachever ce
projet et le faire adopter par l'ensem­
ble des associations. Notre objectif
primordial c'est d'asseoir les structu­
res et les organes de cette fédération
pour être efficace. On ne peut pas
parler de projets concrets tant qu'on
n'a pas installé les organes qui vont
prendre en charge ce projet ou orga­
niser la réflexion autour de ces pro­
jets. Après la mise en place des orga­

nes et des structures, il s'agira alors
d'organiser la réflexion sur les projets
et les programmes ; ce n'est pas
encore le cas. Nous avons onze (11)
commissions techniques nationales
à installer et cela demande un appel
de compétences en direction de tou­
tes les associations membres, ça
nécessite une sélection des compé­
tences pour composer ces commis­
sions. Ca va de l'éducation aux ques­
tions de jeunesse en passant par les
femmes, la zakat, le Hadj... Il nous
faut mettre ces organises en place
pour pouvoir prendre en charge les
problèmes et les préoccupations de
la communauté.
Les questions de jeunesse seront
traitées au niveau de la commission
jeune, les questions des femmes
dans leur commission. Les questions
de solidarité islamique peuvent être
gérées au niveau de la commission
zakat...
Nous avons reçu mandat du congrès
constitutif de travailler en priorité à
asseoir les organes et les structures
aussi bien au niveau central que
dans la périphérie ; je veux parler des

Le Cerfiste : Il y a une directive qui a
été envoyée aux associations mem­
bres qui donne les voies et moyens
pour constituer les Commissions
Techniques Nationales. A ce jour,
nous avons des réponses de plus de
quatre vingt (80) associations soit
pour les onze (11) Commissions
Techniques Nationales, soit pour les
coordinations territoriales de la
Fédération. Dans les tout prochains
jours, le secrétariat va s'atteler à
dépouiller ses propositions et faire
une présélection pour proposer au
Présidium de la Fédération. Je pré­
cise que chaque CTN est composée
de sept (07) membres. Si chacune
des 162 associations veut proposer
un membre par commission, c'est
dire que pour commission on aurait
162 individus parmi lesquels il faut
choisir le 7 qui vont travailler pour
l'ensemble de la communauté pour
un mandat de cinq (05) ans.
Le Cerfiste : Doit - on comprendre,
qu’au
niveau
décentralisé
la
Fédération aura des répondants ?
SG : Au niveau décentralisé, les élé­
ments de la Fédération sont les
associations membres. Toutes les
associations
membres
de
la
Fédération et les démembrements
d’associations membres se concer­
tent pour désigner sept (07) person­
nes qui tiennent lieu de coordination
territoriale au niveau local (village,
département ou province). Cela per­
met au Secrétaire Général d'avoir
une équipe déjà spécialisée pour
gérer les questions fédérales. S'il y a
une tâche, ils peuvent l'exécuter en
rapport avec leurs associations.

Le Cerfiste : Il y a déjà un an que la

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

- ©i
Fédération a été créée. Elle est en
phase d'organisation et de structura­
tion. En dehors de cette préoccupa­
tion organisationnelle, y a -1 - il des
actes qui ont déjà été posés ?
SG : L'organisation est la base sur
laquelle l’activité de la Fédération va
reposer. Il n'est pas question de met­

tre quelque chose en œuvre tant qu’il
n'y a pas une base organisationnelle.
Il faut qu'une commission technique
nationale puisse réfléchir ou réunir

de la documentation, entendre des
gens sur les questions de l'éducation
au niveau des musulmans pour pou­
voir faire des propositions, ou
demander des études. Mais des
actions ont tout de même été
posées. Vous vous souvenez de
cette affaire des caricatures, la
réponse a été organisée dans le
cadre fédéral et sa mise en œuvre
conduite par moi - même sur instruc­
tion du Présidium en direction de
l'ambassade royale du Danemark et
je pense que l'ensemble des musul­

mans se sont retrouvés dans cette
démarche qui était une démarche de
maturité et de responsabilité. Ça
c’est une situation qui s'est imposée
à nous. Dans notre démarche, nous
voulions asseoir la structure fédérale
au niveau institutionnel au BF. C'est
ainsi qu'un certain nombre d'audien­
ces ont été demandées et obtenues
auprès des plus hautes autorités de
l'Etat. Monsieur le Président du Faso
a bien voulu recevoir le Présidium de
la Fédération et à cette occasion
nous avons été réconforté de voir
qu'au plus haut sommet de l'Etat
cette approche est bien accueillie. Le
Président du Faso nous a fait des.
recommandations concernant l’as­
sise territoriale ; qu'il faut que ce soit
une structure qui embrasse tous les
musulmans de tous les coins du ter­
ritoire national, que ce ne soit pas
simplement une structures centralisé
à Ouagadougou. C'est dire que sur le
terrain des ONG, des responsables
administratifs peuvent avoir un inter­
locuteur pour coordonner les activi­
tés de l'ensemble des musulmans au
niveau local. Un préfet par exemple
qui a une coordination de la
Fédération sait que'cette coordina­
tion est l'émanation de l'ensemble
des associations islamiques qui sont
basées sur son territoire départe­
mental. En dehors de tout cela, nous

avons effectué des démarches
auprès de certaines chancelleries
pour faire comprendre l'esprit fédé­
ral, nos objectifs, nos ambitions pour
la Communauté des Musulmans et

au - delà, notre contribution à la paix
et à la cohésion sociale.

Le Cerfiste : Dans cette démarche
fédérale, quelle place accordez
vous aux femmes et aux jeunes ?
SG : Il ne s'agit pas d’accorder ou de
ne pas accorder de place aux fem­
mes et aux jeunes ; quand nous
disons les musulmans c'est l'ensem­
ble de la Umma (les femmes et les
hommes). Sur les onze (11)
Commissions
Techniques
Nationales, il y a une qui est réservée
aux femmes. Pas aux femmes en
tant que telles mais à la question des
femmes parce qu'elles peuvent avoir
des préoccupations spécifiques qu'il
faut prendre en charge. Il y a une
autre commission qui est consacrée
aux jeunes, et quand on dit les jeu­
nes, c'est aussi bien les jeunes
musulmans que les jeunes musul­
manes.. Eriger des commissions
techniques nationales en l'honneur
de ces deux composantes; c'est leur
attacher une grande importance. A
coté de ces deux commissions, il y a
celle liée au hadj, à la zakat, à la
conciliation, à l'éducation, au waqf...

Le Cerfiste : A votre avis comment
se portent l'Islam et les musulmans
au Burkina Faso ?
SG : Il n'y a pas une étude sur
laquelle je puisse fonder mon juge­
ment mais j’ai le sentiment que
l'Islam bien qu’il y ait la barrière de la
langue arabe, l'Islam est en progrès
dans notre pays. Vous avez de plus
en plus de jeunes qui se retournent
vers leur religion pour essayer de la
comprendre et de la pratiquer. Si
vous regardez les intellectuels
musulmans, je parle de ceux formés
à l'école française, vous allez consta­
ter un mouvement vers l'Islam. Au
niveau du hadj, il y a de plus en plus
de jeunes, d'intellectuels, d'opéra­
teurs économiques qui vont faire le
hadj, c'est important à noter.
Il y a donc un retour vers l'Islam et
c’est à la Fédération de capitaliser et
de canaliser cela. La technologie
aidant, les gens sont connectés par
satellite et suivent la prière à la
Mecque. Il y a des organisations

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

comme l’AEEMB et le CERFI qui
sont très actives. Ce cheminement
nous convainc qu'il y a une évolution
positive. Sur initiative du CERFI et de
l'AEEMB, la fédération a organisé le
4ème Colloque des Musulmans de
Espace Francophone (CIMEF)quia
été un grand succès. Le fait que cette
rencontre ait pu se tenir sous l'égide
de la Fédération est suffisant pour
montrer nos capacités organisation­

nelles et les gens l'ont perçu comme
tel. Pour cela nous avons reçu les
félicitations du Premier Ministre.
Donc je pense que nous allons vers
un meilleur être de l'Islam au Burkina
Faso et cela demande un travail
résolu, continu.

Le Cerfiste : Quelles sont les difficul­
tés auxquelles la Fédération est
confrontée aujourd'hui ?
SG : Vous savez que la Fédération
est un gros navire. Une chose est de
la penser, une autre est de la mettre
en place. Quand elle va s'employer à
l’exécution de ses activités, cela peut
représenter un changement énorme
pour l'ensemble des musulmans et
qui dit changement dit adaptation. Il y
a des choses qui se faisaient au
niveau de la Communauté des
Musulmans, qui ne peuvent plus être
faites à cause de l'organisation et de
la structuration. Il y a des individus
qui avaient des positions qu'ils ne
vont plus retrouver dans le cadre
fédéral et qui sont moins enclins à
accompagner le mouvement. Mais
tout cela est prévisible. Ce qui peut
surprendre c'est la vigueur ou l'ar­
deur avec lesquelles ceux qui per­
dent des privilèges vont freiner la
marche de la fédération.

Le Cerfiste : En tant que 1er SG de
la Fédération, est - ce que vous avez
foi en l'avenir de la Fédération ?
SG ; Avant d'être SG j’ai dirigé
l'équipe qui a conçu les 1ères ébau­
ches des textes qui ont été soumis
aux initiateurs. C'est donc par convic­
tion en la nécessité d'une telle struc­
ture, et en la nécessité d'organiser
les musulmans que je me suis
engagé. Au bout du parcours, j'ai eu
le grand honneur de recevoir la
charge de Secrétaire Général de la
Fédération. C’est une tâche énorme
et je me déroberais si je disais que je

ne pouvais pas assumer cette res­
ponsabilité. C'est un autre défi qu'il
faut relever, pouvoir mettre en œuvre
une structure fédérale qui va
embrasser la vie des musulmans, qui
va penser l'éducation, la zakat, les
rèlations avec les autres confessions
religieuses, le développement éco­
nomique, le secours aux plus faibles,
c'est suffisamment important pour

donner du cœur à l'ouvrage.

Le Cerfiste : Comme dernier mot,
qu'avez - vous à dire aux différents
responsables des associations isla­
miques membres de la Fédération ?
SG : Je dis que durant tout le proces­
sus de conception et de mise en
œuvre de la Fédération au plan insti­
tutionnel, j’ai remarqué un grand
enthousiasme des responsables reli­
gieux. Pour que la Fédération tra­
vaille dans l'intérêt de toutes les
associations, elles doivent contribuer
en personnel de qualité. Si nous
disons qu'il faut sept (07) personnes
pour constituer la Commission
Technique Nationale chargée de
l'éducation, ça veut dire que ceux
dont on a besoin, ce ne sont pas des
maçons. On pourra solliciter des
maçons quand on va parler infra­
structure.
Quand on parle d'éducation, il faut
voir la crème des éléments au niveau
des associations avec des compé­
tences en matière d'éducation. Il faut
envoyer des gens qui vont prendre
en charge la réflexion et l'organisa­
tion du travail au niveau de l'éduca­
tion. Il faut organiser les medersas
pour que le diplôme soit accepté au
plan académique comme un diplôme
du public, qu'un bachelier du Burkina
Faso arrive en Arabie Saoudite avec
un diplôme valable. Ça demande
une organisation, des concertations
avec les autorités et que l'on puisse
mener des études dans ce sens.
Nous pouvons envoyer des prê­
cheurs pour se former dans le
domaine de l'audiovisuel. Quand on
ne connaît pas un outil on ne peut
pas l'utiliser. Donc, nous attendons
des compétences de la part des
associations.

Interview par
Abdoul Salam OUEDRAOGO

©

LES DELICES DE LA FOI
I-CORAN

"Une Direction vous sera indi­
quée de Ma part. Quiconque
suivra Ma Direction ne sera ni
égarée,
ni
malheureux.
Quiconque se détournera de
Mon rappel mènera une vie
pleine de gêne." Sourate Ta
Ha, Verset 12-124

II - HADITH
"Il goûte à la foi, celui qui agrée
Dieu comme Seigneur, l'islam
comme religion et Mohammad
comme Prophète." Hadith rap­
porté par Ahmad, Mousilm et
at-Tirmidhi.

III - PENSEE
"Si parfois nous voyons des
gens qui se détournent du mes­
sage divin mener une vie maté­
rielle florissante et jouir de bien­
faits concrets, cela ne doit pas
nous tromper sur la réalité de
...suite de la page 9

demanda au chrétien : "Qu'as-tuà
répondre à ce que dit le
Commandeur des Croyants ?" Le
chrétien répondit : "Cette cotte de
mailles
m'appartient
et
le
Commandeur des Croyants n'est
qu'un menteur". Chourayh se
tourna vers Ali, lui demanda :
"Commandeur des Croyants, as tu une preuve ?"Ali sourit et répon­
dit : "Chourayh a raison, je n'ai
aucune preuve. "Le juge attribua la
cotte de mailles au chrétien. Celuici la prit, fit quelques pas pour par­
tir, puis revint et dit : "Je témoigne
que c'est là le jugement des pro­
phètes : le Commandeurs des
croyants m'amène devant son juge
et lui demande de juger, et le juge
décide contre lui. Je témoigne qu'il
n'y a d'autres divinités que Dieu et

©

leur situation : la gêne véritable
est dans le cœur. Or, lorsque le
cœur est mal à l'aise, le
malaise s'étend à la vie tout
entière, tandis que lorsque le
cœur est en paix la vie rayonne
de bien-être. Le bonheur est
dans le coeur et non pas dans
les circonstances extérieures.

Chéz les animaux, la sphère de
l'existence est étroite : leur vie
se limite à leur ventre et à la
nourriture et au pâturage qui
permettent de le remplir. Ils ne
voient pas loin que cela.
Le petit enfant n'est pas loin de
ce stade : son existence se
résume d'abord à sa mère et
au sein maternel, puis elle
s'élargit peu à peu à son père,
à ses frères et sœurs et au
théâtre de ses jeux. Plus il se
développe, plus la sphère de
ses perceptions s'élargit ; puis,
en avançant vers l’âge adulte, il
passe du concret à l’abstrait et
que Mohammad est son serviteur
et son messager. La cotte de mail­
les par Dieu t'appartient : elle est
tombée lorsque tu partais pour
Siffm."M\ répondit : "Puisque tu
deviens musulman, elle est mainte­
nant à toi." P. 284-285

Influence de la conscience reli­
gieuse sur la politique et le gou­
vernement.

commence
à
saisir
les
concepts généraux et les idées
abstraites.

Ainsi la foi en Dieu et en ce qui
dépasse la perception humaine
permet - elle à l'homme de
s'élever de la condition animale
à la condition humaine, de l'en­
fance à l'âge adulte. En effet,
elle l'élève du monde des sens
à celui de l'intellect, du monde
du visible à celui de l'invisible,
du monde du perceptible à
celui du non perceptible.

Le croyant est à l'aise dans son
esprit et dans son cœur, même
lorsqu'il est dans une situation
matérielle difficile. C'est que la
foi est source de bien - être
pour l'esprit, le cœur et la vie
tout entière, car elle met le
croyant en relation avec le
reste de l'univers, avec ce que
nous en voyons comme avec
ce qui nous est caché, la subs­
tance et l'essence, le supérieur
Influence de la conscience reli­
gieuse dans la vie socio - écono­
mique.
QARADAWl donne ici la parole à
l'écrivain
autrichien
Léopold
WEISS qui dans son ouvrage Le
chemin de la Mecque, donne ses
impressions à propos d'une ville
arabo - musulmane, Damas :

"Je constatai combien la vie des
"C'est cette conscience qui poussa
Omar ibn al Khattab, lors de la
famine qui frappa les musulmans
sous son califat, à ne manger que
du pain et de l'huile, au point que
sa peau noircit; un Compagnon lui
en ayant fait la remarque, il répon­
dit Quel mauvais chefje serais si
je mangeais à ma fain alors que les

gens souffrent de la famine" P. 283

gens y était empreinte de paix spi­
rituelle. Leur sécurité intérieure
apparaissait dans leurs rapports
mutuels, dans la dignité chaleu­
reuse avec laquelle ils se saluaient
et prenaient congé, dans le com­
portement des hommes comme
des enfants, simplement par ami­
tié, même dans les relations d'affai­
res entre marchands. Ces petits

B

■;

et l’inférieur, le passé, le pré­
sent et l’avenir. Elle le met en
relation avec les deux et la
terre et tous ceux qui les peu­
plent, avec les anges, les por­
teurs du Trône et les forces spi­
rituelles au service de Dieu que
Lui seul connaît Elle le met en
relation avec les porteurs de la
lumière divine, avec les messa­
gers de Dieu depuis Adam, le
père de l’humanité, jusqu'à
Mohammad (psi), avec les véri­
diques, les martyrs et les justes
de toutes les communautés et
de toutes les époques. Elle le
met en relation avec l'Au - delà,
la Résurrection, le Jugement, le
Paradis et l'Enfer. Bref, elle le
s met en relation avec l'univers et
avec le Seigneur de l'univers, le
Premier
et
le
Dernier,
l'Apparent et le Caché. ” Yussuf
al QARADAWl, La foi et la vie,
P.138-139
La Rédaction

sentir ni crainte, ni jalousie les uns
envers les autres, à tel point que
chacun pouvait quitter sa boutique
et la laisser à la garde de son voi­
sin et concurrent lorsqu'il lui fallait
s'éloigner pour un moment. Il m'est
souvent arrivé de voir un client
potentiel s'arrêter devant une bouti­
que délaissée et hésiter manifeste­
ment à attendre le retour du mar­
chand ou à s'adressera la boutique
voisine : invariablement le commer­
çant d'à côté - le concurrent - venait

demander au client ce qu’il voulait
et le lui vendait, non de sa propre
marchandise, mais de celle du voi­
sin absent, puis il déposait l'argent
sur la banquette de celui - ci. Où,
en Europe, pourrait - on assister à
de telles transactions ?" P. 289

*
H. Yaméogo

commerçants ne semblaient res-

Le Cerfiste N° 002 Janvier & Février 2007

v