An-Nasr Vendredi #158.pdf

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Fait partie de An-Nasr Vendredi #158 (Abraham, la fête, le sacrifice / Fin de l'année, une pensée)

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ans un p eu p lu s d ’u­
ne sem aine, les mu­
su lm a n s d u monde
entier vivront la plus
grande de toutes leurs
Tabaski (Aid el Kabir) encore
appelé fê te d u Mouton. S i l'origi­
ne de cette fê t e e s t bien connue
de l’écrasante majorité d es mu­
sulmans, s e s enseignem ents
spirituels ne so n t p a s, quant à
bien
eux,
appréhen­
par
dés
bon nombre
de m usul­
mans. Or,
les m usulm ans pour fa ire fa c e
aux exigences d 'u n monde de
plus en p lu s hostile à leur fo i,
doivent aller au-delà de la su ­
perficialité et lire les évènements
et leurs références avec un élan
de spiritualité. La plus grande
erreur que nous commettons
souvent, co n siste à donner

D

beaucoup d ’attention à la forme
extérieure des actes d ’adoration
(...). Tout comme la force p h ysi­
que ne peut être obtenue à partir
dutepain
s : jusqu'à ce qu’il soit en­

tièrement digéré, la puissance
spirituelle ne peut-elle être obte­
nue à partir de la vie des pro­
phètes ou des évènements qui
se sont produits dans l’histoire
de l'islam ju sq u ’à ce que l'on
permette à
c e u x -c i
d ’ im p r é ­
gner son
cœur, son
esprit et de
dominer sa pensée, son inten­
tion ainsi que ses faits et g es­
tes. » le professeur Tariq Rama­
dan, nous propose une analyse
spirituelle de la fête de Tabaski
après avoir rappelé ce que beau­
coup de nous savent déjà c'est-à
-dire l'origine de fête.

ABRAHAM,

La fête, le sacrifice

M sw vendredl n15B du 22 décembre 2 0 0 6 ........

PnxSOfcü

P. 191

Un jo u r le Prophète M uhamm ad
(BSL) se tourna vers ses com pa­
gnons
et
dit
:
" Ne vous enseignerais-je pas ce
pourquoi Dieu a appelé Abra­
ham, Son ami qui fut fidèle ?
Parce qu’il répétait constam m ent
au moment de se lever et de se
coucher : Gloire à Dieu quand
vous parvenez au soir et lorsque
vous accueillez le m atin et à Lui
la louange dans les cieux et su r
la terre au cœ ur de la n u it et de
la journée (ar-Rùm, 17-18).
"Abraham réunissait, en son
cœ ur et en son être, l’équilibre et
l’harmonie d’une com m unauté
entière" : il fut l’exemple de ceux
qui portent la foi, "votre père
Abraham", l’ami de Dieu" choisi,
élevé, rapproché.
C'est à lui que Dieu fera vivre l’é­
preuve la plus difficile qui soit :
sacrifier son fils au nom de sa foi
et de son témoignage. C’est bien
plus que sacrifier son temps,
son argent, voire soi-même :
c’est davantage que de vivre une
épreuve de la vie, u n échec, un
drame, voire un accident ; c’est
autrem ent plus difficile qu’une
séparation, une absence, ou le
vide.

r

De Son ami Dieu exige tout : sa­
crifie celui que tu as contribué à
faire naître en reconnaissance à
Celui qui t'a fait être, de tes pro­
pres m ains tue ton amour au
nom de Mon Amour. Sois pour
Dieu ju sq u 'à la plus terrifiante
des épreuves, accède à la certi­
tude au-delà de tous les trem­
blem ents de terre qui naissent
de tes doutes. Sois pour
Dieu. Le Prophète Muhammad
(BSL) nous l’a appris : " Dieu
m et à l'épreuve ceux qu’Il aime
”... m ais avons-nous pris l’exacte
m esure de l’épreuve de Son ami
Abraham, paix soit Sur lui. Sa­
crifier son fils, de ses propres
m ains le m ettre à m ort et accep­
ter de vivre l’absence de son pre­
mier-né pour vivre dans la pré­
sence du Premier et du Dernier.
Son am our fut au prix de cette
épreuve, son élévation fut dans
la nature de sa soumission, sa
force fut son humilité.
Dieu l’a aimé tellement, et telle­
m ent éprouvé... aujourd'hui, au
travers des siècles, l’issue de l’é­
preuve m arque la plus grande
fête de l'islam et des musul­
m ans, La fête du Sacrifice. Un
signe, un souvenir, u n rappel...

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An-nasr vendredi n*158 du 22 décembre 20 0 6 ...................

Prix 50 fcfâ

P-192

ce serviteur, cet ami de Dieu, cet
humble qui a accepté et n ’a eu
de cesse de dire, de protéger et
de lutter pour Dieu, pour la Lu­
mière, pour la Vérité. Jusqu'au
bout de l’insulte, du rejet, de la
haine : ju sq u ’au bout de son
amour. A l'horizon de sa certitu­
de confiante, Dieu l'a épargné :
le rêve était vrai et son fils ne fut
pas tué. L'épreuve est devenue
un signe pour qui aime, accepte,
supporte, patiente, persévère et
s'engage... après l’épreuve, il y a
la liberté ; la fête est au terme
d'une épreuve assum ée. Tel est.
au fond, le m essage de l’islam :
après un mois de jeûne, après
l’épreuve du sacrifice. Profond
enseignement.
C'est l'école de la vie que Dieu
nous enseigne par les Messa­
gers, ou au travers de la prière,
de la zakat, du jeûne, du pèleri­
nage, ou encore à la lumière de
nos blessures, de nos tristesses
et de nos espoirs. La vie est une
épreuve elle-même emplie d'é­
preuves et de peines : aimer
Dieu, respecter la vie exige un
amour infini, une foi profonde, la
patience et la persévérance...
C’est façonner son être intérieur
Ati-nasr vendredi

au fil du temps et des tremble­
ments de cœur. C'est protéger
Son amour, quotidiennement,
simplement.
Souvenons-nous,
Dieu l’a pris pour ami grâce à
quelques mots inlassablement
dits et redits : Gloire à Dieu
quand vous parvenez au soir et
lorsque vous accueillez le matin
et à Lui la louange dans les
cieux et sur la terre au cœur de
la nuit et de la journée. Il les a
répétés chaque jour avec cons­
cience et amour. Sa force et son
courage trouvaient là leur sour­
ce : il savait dormir avec le sou­
venir de Dieu et se réveiller dans
Sa lumière. Don de soi et sacrifi­
ce quotidien pour trouver l'éner­
gie du terrible sacrifice. Ce che­
min est à la portée de tous, tous
les jours. Béni alors qui com­
prend le Sens de la fête, à 1hori­
zon de cette année, au terme de
sa vie.
Être proche du très Doux et le
voir, pour l’Éternité.

n'157 du 22 décembre 2006

par Tariq Ram adan
Source: tariqramadan.com

P rix 5 0 fc fâ

P. 193

A

toi

as-tu par­
tagé
du
temps et
travaillé
pendant les dernières semaines
ou même durant cette année ?

Fin de l ’année,
une pensée

sœur, mon frère en humanité,
Où que tu sois sur la terre, tu
as dû, comme ce fut mon cas,
faire face à la peur, aux peurs
des gens qui t’entourent, à ta
propre peur. Peur de la mort,
peur de la guerre, peur du len­
demain...
Mais c'est peut-être la
peur de l’autre qui colonise le
plus nos cœurs et nos esprits
aujourd’hui. Nous sommes dans
un monde de la communication
globale mais nous dialoguons de
moins en moins, nous écoutons
peu et nous nous enfermons
dans nos ghettos intellectuels.
Nos peurs me font peur pour
notre avenir commun.
Que fais-tu, toi, pour dé­
passer tes peurs ? Écouter,
connaître, sortir de ton ghetto
mental. Avec combien de fem­
mes et d’hommes d'une autre
culture ou d'une autre religion

Parler d'ouverture et de
respect et rester dans nos pri­
sons virtuelles ne changera pas
nos quotidiens, ni nos sociétés,
ni notre monde. Cela commence
par sol, au fond... se libérer de
la prison de ses peurs et s’ouvrir
à la connaissance de l’autre et à
la confiance mutuelle.
Il n'est pas besoin d’argent
ou de diplôme, simplement un
peu de bonne volonté, de la dé­
termination et un peu de coura­
ge pour prendre le risque d’aller
à la rencontre de l'inhabituel.
C’est un beau miroir, sais-tu, où
tu apprends que tu as de multi­
ples identités et que l'humilité
est ta dignité.

An-nasr vendredi n"158 du 22 décembre 2 0 0 6 .........

par Tariq Ramadan
Source: tariqramadan.com

P rix 5 0 fc fâ

P. 194