An-Nasr Vendredi #159 (L'environnement : des raisons de s'inquiéter)

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Titre
An-Nasr Vendredi #159 (L'environnement : des raisons de s'inquiéter)
Créateur
O. Ibrahima
An-Nasr Vendredi
Date
10 février 2006
numéro
159
Couverture spatiale
Japon
Droits
In Copyright - Educational Use Permitted
Langue
Français
Contributeur
Frédérick Madore
Wikidata QID
Q116190696
extracted text
’une des plus grandes ques­
ces animales et végétales, pénurie
tions de notre siècle est com­
d'eau potable, invasion des déchets
ment produire deux fois plus
toxiques et des métaux lourds, épui­
de bien-être avec moins de
sement des océans et des matières
d'éner­
et
premières
matières
premières à commencer par les sour­
gies ? Bien souvent, les solutions
ces fossiles d'énergie..., le doute n’est
techniques sont connues de même
guère possible. Les échéances se rap­
que les m esures réglementaires ou
prochent et l’addition est déjà salée.
Après ce listing d’événements apoca­
fiscales nécessaires pour en favoriser
lyptiques, le fils d'Adam est en droit
l’adoption. Reste surtout à convain­
de s'inquiéter et de se demander la
cre l'opinion publique et les décideurs
conduite à tenir. Comment produire
politiques.
sans détruire ? Le capitalisme peut-il
• Wure, c ’est polluer », rappelle l’éco­
au
virer
nomiste
U- L’ENVIRONNEMENT : DES vert ?
Alain
Pour avoir
PIETZ.
ne RAISONS DE S’INQUIETER une chan­
Nous
ce de s'en
pourrions
O, IbratUsa sortir,
il
vivre sans
t
i
a
r
d
u
f
a
consom­
une réorientation rapide et profonde
mer d'énergies ni dégrader des matiè­
de notre mode de production et de
res premières. Est-ce une raison ce­
consommation.
pendant pour brûler la vie et la terre
Est-ce possible ? Difficile, mais moins
par les deux bouts ? Assurément,
utopique qu’on ne le croit souvent.
non. C'est pourtant ce que nous fai­
L’innovation technique a surtout per­
sons depuis que le capitalisme, ce
mis, jusqu’ici, d’économiser le travail
formidable accélérateur de l'histoire
humain, avec comme résultat in­
«st né au cœ ur de l'Europe pour
l’amélioration des condi­
contestable,
s'emparer progressivement de la pla­
même si ces bienfaits
vie,
de
tions
nète entière. Multiplication des tem­
sont très inégalement répartis. Nous
pêtes, avancée des déserts, réchauifeavons désormais besoin de mettre
ment aux conséquences potentielle­
l'innovation prioritairement au servi­
ment dram atiques de l’atmosphère,
ce des économies d'énergie et de m a­
pluies acides, trou dans la couche
tières premières.
d'ozone, disparition accélérée d'espè­

L

*M»sr vendredi n159 du 29 décembre 2 0 0 6 ........

PrlxSOfclà

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i,

La croissance sans détruire l'envi­
ronnement

Si la survie de la planète implique
l’impératif devoir pour les habitants
des pays riches à renoncer à l’essentiel
du confort que le capitalisme leur a
apporté, et. pour les pays pauvres, re­
noncer à rattraper ce niveau, il y a
très peu de chances que cet objectif
réunisse un soutien politique suffisant
pour être mis en œuvre, en tout cas
dans un cadre démocratique. Il est im­
pératif de savoir que l’existence de for­
tes inégalités sociales ne peut servir à
justifier la poursuite d'un mode de dé­
veloppement
suicidaire Impliquant
une pression sur l'environnement ter­
restre. Cela est nécessaire pour trans­
mettre aux générations futures un ca­
dre de vie, un environnement un peu
plus viables.
Et ce n’est pas de la science-fiction :
maisons à faible consommation d'é­
nergie. urbanisme engendrant peu de
besoin de transport, automobiles
consommant moins.... Dans de nom­
breux domaines, nous maîtrisons dé­
jà, et souvent de longues dates, les
techniques qui permettraient d'attein­
dre de tels objectifs.
Quant aux industriels, ils commen­
cent toujours à jurer qu'il est impossi­
ble de parvenir à tels ou tels résultats
et qu’on les mène à la ruine en leur
imposant telles ou telles contraintes.
Mais quand les États et l'opinion pu­
blique tiennent bon, ils finissent le
plus souvent par trouver des solutions
techniques adaptées...
Un peu d'histoire...

Dans les années 80, les naturalistes
attirent l'attention du monde entier
sur les risques de menace de la biodi­
versité au niveau des forêts tropicales.
Ainsi, la communauté internationale

s'est réunie à plusieurs reprises pour
examiner les problèmes de l'environ­
nement et de la biodiversité. Nous
avons en mémoire le sommet de la ter­
re à Rio où la biodiversité est apparue
comme un bien vital et commun à
tous. Son maintien est à la fois une
priorité scientifique (comprendre le
fonctionnement général de la planète),
un enjeu éthique (droit à la vie des es­
pèces), économique (ressources biolo­
giques et génétiques) et sociale
(partage des avantages et des valeurs
entre les peuples). Les actions de pré­
servation doivent intervenir à trois (03)
niveaux :
diversité
spécifique
(communauté), diversité génétique
(population) et diversité écologique
(paysage). Une perte de diversité biolo­
gique entraînerait inévitablement une
réduction des possibilités de dévelop­
pement pour les générations futures.
Il y eut aussi le protocole de Kyoto
conclu en 1997 pour tenter d'éviter un
réchauffement catastrophique de la
planète. Ce protocole avait décidé de
transformer l'atmosphère terrestre en
marchandise : il a instauré un marché
de permis négociables pour les émis­
sions de gaz à effet de serre.
Des exemples...

Faire plus avec moins. Différentes so­
lutions sont déjà proposées par les in­
génieurs et les architectes. Elles pas­
sent parfois par la redécouverte de
certaines pratiques rudimentaires et
efficaces, mais aussi par l'application
des technologies les plus modernes,
ou encore par de nouveaux modes
d'organisation et de vie. Certaines par­
mi ces solutions sont déjà rentables
dans le contexte actuel. D’autres exi­
gent pour leur mise en œuvre, des
contraintes règlementaires plus stric­
tes ou de nouvelles taxes. Ces exem-

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Prix 5 0 f cfâ

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pies sont :
“Des villes plus humaines" : les villes
ont tendance à s'étaler. Elles poussent
les habitants à étendre l’exploitation
des terres, la consommation de carbu­
rant augmente. Le problème dépasse
largement celui des transports, car il
faut construire davantage d’infras­
tructures pour l'approvisionnement
des logements en eau. gaz, électricité,
sans oublier les égouts, les routes, le
réseau téléphonique et éventuellement
le réseau câblé. L'étalement des villes
est un formidable gâchis de ressour­
ces. Les urbanistes soucieux de l'envi­
ronnement estiment qu’une ville dense
bien conçue peut être facilement plus
agréable que Hong Kong ou Moscou.
Outre l’économie d'énergie, l’intérêt est
aussi de réduire les pollutions, d’amé­
liorer l’agrément des lieux, de favoriser
la sociabilité et de réduire la délin­
quance.
Des bâtiments qui consomment deux
fols moins d'énergie. Pour limiter les
besoins de chauffage (pays du nord),
les techniques les plus rudimentaires
se sont montrées efficaces : utilisation
du bois dans la construction (c'est un
bon isolant), usage approprié de maté­
riaux pouvant accumuler la chaleur et
la restituer quand le bâtiment en a be­
soin (terre, briques, pierres,...), récu­
pération maximale de l'énergie solaire,
(orientation du bâtiment en fonction
du soleil, larges baies). Quant aux ap­
pareils électriques qui produisent l'air
conditionné, 11 faudra les réduire et
adopter de nouvelles habitudes vesti­
mentaires comme au Japon et en Chi­
ne.
Du mobilier durable en concevant de
meubles de bureau à base d’éléments
séparés facilement remplaçables et
recyclables. On peut donc personnali­
ser le produit, le faire évoluer avec les

An-nasr vendredi

modes tout en gardant la même struc­
ture. Un grand fabricant de meubles
américains a déjà mis en œuvre une
telle stratégie. En outre, les meubles
durent plus longtemps grâce au rem­
placement des seules parties usées ou
démodées ;
Des véhicules à 1,5L au lOOKm : nos
automobiles pourraient consommer
1,5 ou 2L au lOOKm grâce à l’allège­
ment des véhicules et à la propulsion
hybride. De nouveaux matériaux d’al­
liage (la fibre de carbone), à la fois très
résistant et très léger remplaceront
l'acier et diviseront par 3 le poids d'un
véhicule de cinq (5) places. La pénétra­
tion dans l'air sera sensiblement amé­
liorée en travaillant l'aérodynamique.
Une propulsion électrique hybride ré­
cupérera 70% de l’énergie de freinage,
en la stockant temporairement pour la
restituer au moment d'une accéléra­
tion.
Les prototypes existent déjà (la Re­
nault Vesta depuis 1987...). Qu'attend
-t-on pour les fabriquer ?
Des emballages réutilisables : en Eu­
rope du nord, le système des bouteil­
les consignées est généralisé ; elles
servent en moyenne une vingtaine de j
fois. Le Danemark a même voté une loi '
qui les rend obligatoires. On pourrait
ainsi réduire les effets néfastes des
"sachets noirs" ;
Internet peut réduire les transports :
en effet, l’envoi de documents par
courrier électronique plutôt que par
voie postale permet une économie de
matières et d'énergies. D’autres part,
les visioconférences peuvent réduire la
consommation de ressources, compa­
rées à un voyage d'affaire translantlque. La technologie Internet recèle un
fort potentiel d'économie de ressour­
ces, mais son efficacité de ce point de
vue dépend de l'usage que nous en

n *1 5 9d u2 9 décembre 2 0 0 6

Prix 5 0 f c ft

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ferons et notamment du prix de l'éner­
gie
Des outils pour une croissance sou­
tenable
La solution miracle unique n’existe
pas, mais un ensemble d'outils sont
disponibles pour limiter les atteintes à
l’environnement. Que faire pour inciter
les producteurs et les consommateurs
à privilégier des biens et services plus
économes en énergies et en matières
premières ? Voici cinq (5) outils utilisa­
bles : l'interdiction, la norme, le label,
la taxation et le permis négociables.
Les deux premier sont des outils politi­
ques : ils s’appuient sur la contrainte.
Les deux derniers sont économiques :
Us misent sur une incitation financière.
Quant au label, il ne compte que sur la
transparence de l’information sur le
marché.
Chacun de ces outils possèdent ses ef­
fets pervers et ses champs d’applica­
tion privilégiés.
Les interdictions : il s’agit, bien sûr, de
la forme la plus contraignante de pro­
tection de l’environnement. C’est une
technique largement (et depuis long­
temps) utilisée : interdiction de la chas­
se (ou limitation draconienne) à certai­
nes espèces protégées ou à certaines
périodes de l'année, interdiction de l’u­
tilisation de certains matériaux et reje­
ter certains produits. L'avantage est
évidemment l'efficacité de cette mesu­
re, à condition toutefois que l'État, qui
édicte l'interdiction, se donne aussi les
moyens de contrôler, ce qui est loin
d’être toujours le cas ;
Les normes : la norme impérative relè­
ve également de la responsabilité des
États, mais à la différence de l'interdic­
tion, elle est plus souple. Il ne s'agit
pas d’empêcher l’atteinte à l’environne­
ment, mais de la limiter à un niveau
maximal, jugé tolérable par la puissan­

A n -n a s r vendredi

ce technique ou en imposant le recours
à des technologies déterminées ;
Les labels : ils sont associés à des nor­
mes non impératives et peuvent être
parfois de caractère purement privé. Le
label atteste alors qu'un produit ou un
service est bien conforme à la norme
en question. La crédibilité d’un label
est liée au fait qu'il est délivré par une
instance indépendante du producteur ;
Les écotaxes : avec les écotaxes, il s’a­
git de faire payer le pollueur à hauteur
des coûts ou des inconvénients qu’il
occasionne à la collectivité. L’avantage
de la taxe est donc de responsabiliser
individuellement les pollueurs, mais
aussi de dégager des ressources pour
la collectivité, ressources qui, par
exemple pourront financer les investis­
sements collectifs ou permettre de ré­
duire d'autres taxes aux effets écono­
miques contestés. Les permis négocia­
bles : on les appelle aussi droits à pol­
luer, ce qui est contestable. Il ne s'agit
pas de créer des droits là où ils n’exis­
taient pas, mais de restreindre le droit
de polluer un bien commun. Ainsi, aux
USA, pour réduire de moitié la quantité
de dioxyde de soufre (SO2), rejetée
dans l'air entre 1980 et 2000, des per­
mis ont été vendus chaque année aux
enchères.
La question de l'environnement est
toujours d’actualité et chacun doit
comprendre que : « sans nature il n’y a
pas de futur parce que nos vies y sont
liées » disait Nicola HULOT. Parallèle­
ment le prophète (saw) a conseillé aux
siens de préserver la nature même en
temps de guerre. • n'abattez aucun ar­
bre fruitier, ne touchez à aucun vieil­
lard, combattez seulement ceux qui
vous combattent. » Conseillait-il à ses
combattants. Par ailleurs il a conseillé
de planter des arbres même si c'était le
dernier acte de la vie du croyant.

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