La Preuve #31

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Titre
La Preuve #31
Créateur
La Preuve
Date
mai 2010
numéro
31
Couverture spatiale
Israël
Palestine
Japon
Médine
Droits
In Copyright - Rights-Holder(s) Unlocatable or Unidentifiable
Langue
Français
Contributeur
Louis Audet Gosselin
Wikidata QID
Q114034229
extracted text
Les sept qui seront sous Vombre d'Allah le jour de la résurrection
P. 3

"... et voilà la religion de droiture... ”

Système de santé au Burkina Faso :
Où sont passés les musulmans ? P 7

LEADERSHIP

Pour un réveil
de la jeunesse
musulmane !
P.8

Le visage non
islamiste du
P9
terrorisme

Qui sont les
musulmans
modérés ?
P.15

RECENSEMENT ELECTORAL

I

Une abstention qui en dit long

Editorial
ien à faire !
Malgré une
prolongation

R

de

deux

semaines

pour la révision exception­
nelle des listes électorales, les
Burkinabè ont donné une fin

RECENSEMENT
ELECTORAL

Une abstention
qui en dit long

de non recevoir cinglante, à
la CENI qui les invitait à aller
s’inscrire. Pourquoi une telle
désaffection pour la chose
politique, quand on sait
qu’ailleurs, et pas très loin de
nous, les inscriptions sur les
listes électorales sont l’objet
de toutes les convoitises et de
toutes les querelles. Parce
que qui veut aller loin
ménage sa monture ; et il est
surtout connu que sous les
tropiques, les élections se
gagnent dans la constitution
du corps électoral. C’est en
ce sens que l’attitude des par­
tis politiques dans cette
morosité générale est toute
aussi curieuse.
Si on s’aventure dans une
analyse sur les causes de ce
manque d’intérêt notoire des
populations burkinabè pour
les questions électorales, on
pourrait sans risque de se
tromper, affirmer que c’est en
partie à cause de l’attitude
globalement dégoûtante, des
hommes politiques. Ainsi, la
corde de la confiance entre
les citoyens et leurs diri­
geants est rompue. Pouvait-il
en être autrement quand on
observe toutes ces trompe­
ries, ces mauvais agissements
en matière de gouvernance
politique et économique,
toute cette arrogance, cette
insolence... de la part des

2

hommes politiques ? A quoi
sert d’aller voter une per­
sonne, quand on imagine que

le lendemain, il ne respectera
pas ses engagements, il vous
narguera avec ses richesses
mal acquises, en votre nom,
et il conduira votre chère
patrie vers la déchéance, vers
plus de misère, vers moins de
prospérité ? Pourrait se
demander avec juste raison,
n’importe quel citoyen.

Cette attitude, en outre, se
justifie par le fait que la
démocratie n’a pas été suffi­
samment expliquée aux
populations, surtout celles
des zones rurales, afin
qu’elles comprennent leurs
rôles et qu’elles l’assument

pleinement. C’est certaine­
ment à dessein car un tel flou
artistique arrange bien les
politiques dont les attitudes et
les ambitions ne s’accommo­
dent guère avec la transpa­
rence, l’équité et la justice
qui sont le trépieds d’une
bonne élection.
C’est enfin, sans que la liste
ne soit exhaustive, parce que
les partis politiques ne jouent
pas pleinement leur rôle. En
effet, ils attendent seulement
les élections pour s’agiter et
créer la polémique systéma­
tique et stérile, espérant ainsi
obtenir le financement de
l’Etat ou de tout autre avan­
tage lié à ce folklore, qui ser­
viront d’ailleurs à remplir les
poches de leaders fauchés.
Pourtant, en tant que princi­
paux animateurs de la vie
politique
nationale,
ils
devraient être à l’avant-garde
de la sensibilisation et de

l’éducation des citoyens.

Au lieu de rire de cette situa­
tion, nous devons plutôt en
pleurer, surtout quand on se
souvient que même les popu­

lations instruites ne sont pas
allées s’inscrire. C’est notre
processus démocratique qui
est en danger. Que vaut urte
élection quand c’est une
infime partie du corps électo­
ral qui est allée voter ? Quelle
est dans ce cas, la légitimité
des personnes qui y seront
élues ? Et quel est l’avenir
d’une démocratie dont les
citoyens ne mesurent plus
suffisamment la portée, et qui
n’ont plus confiance en ce
qui les gouvernent ou qui
aspirent à les gouverner ?
Personne n’a donc intérêt à
prendre à la légère ce signal
des citoyens qui dure depuis
le renouveau démocratique
en 1991B

La Rédaction

La (preuve
Récépissé de déclaration
N’1862//CA-GI'OUA/PF
du 27 juillet 2007
ISSN 0796-8426
Tel. 50 37 9430
Cell. 70 75 54 85
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Directeur de Publication
Mikailou Kéré
Secrétaire de rédaction
SiakaGNÈSSt^^
Responsable commercial
Moussa BOUGMA
<
Mise en page et impression
Altesse Burkina 50 39 93 W
Nombre de tirage
1000 exemplaires

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Religion de vérité
Les sept qui seront sous l'ombre d'Allah
le jour de la résurrection
= Par Cheick Albayan

=^==^=^=^=^=^===^=

ans un de ses

a grandi dans l'adoration d'Al­

une telle récompense au jour

et donner à chacun les droits

.célèbres

D

lah, le Puissant et Majestueux;

du Rassemblement.

qui lui reviennent, qu'il soit

J hadiths, le Pro­
phète (SAW)

un homme dont le cœur est
attaché aux mosquées; deux

parle des actes

personnes qui s'aiment pour

Dans ce monde, le dirigeant

ou un ennemi. Allah dit dans le

qui se rencontrent pour
d'adoration qui, Allah,
bien qu'ils
cette raison
soient modestes, méritent
une et se quittent sur le

juste, quel que soit le domaine,

Coran : «ô les croyants ! Soyez

de l’exercice de son pouvoir

stricts

récompense énorme ; celle de

même sentiment; un homme

(politique, religieux, social,

envers Allah et (soyez) des

mériter l’honneur de se retrou­

qu'une femme

grande

familial...), est un oiseau rare,

témoins équitables. Et que la

ver à l’ombre d’Allah le jour où

beauté et de statut social

tant notre monde est corrompu.

haine pour un peuple ne vous

de

1.

Un dirigeant juste

musulman ou non, qu'il soit un
parent ou un étranger, un ami

il n’y aura aucune ombre sauf

(dans

vos

devoirs)

incite pas à être injuste. Prati­

la sienne. Cela peut paraître

quez l'équité : cela est plus

comme une mince récompense

proche de la piété. Et craignez

à première vue, mais considé­

Allah. Car Allah est certes Par­

rez un instant le hadith suivant

faitement Connaisseur de ce

: «Au jour de la Résurrection,

que vous faites.» (Coran, 5:8).

le soleil se rapprochera telle­

Malheureusement, même si

ment des gens qu'il ne sera plus

nous le reconnaissons en théo­

qu'à une distance d'un mille

rie, nous l'oublions rapidement

(quelques mètres). Les gens

dans

seront submergés dans leur

lorsque nous parlons de ceux

chevilles, certains jusqu'aux

avec qui nous ne nous enten­

genoux, d'autres jusqu'à la

dons pas, nous ne trouvons rien

taille et d'autres encore en

de bon à dire à leur sujet et

auront jusqu'au menton.» (Et

important appelle à elle et qui

Le fondement de la plupart des

un geste de la main devant sa

refuse en disant : «Je crains

pouvoirs est le faux, le men­

bouche.) (Rapporté par al Miq-

Allah»;

qui

songe, l’injustice et l’hypocri­

daad ibn Aswad et recueilli

donne en charité si discrète­

sie. C’est en cela qu’il faut

dans Sahih Mouslim) On com­

ment que sa main gauche

comprendre pourquoi le diri­

prend donc qu'en ce jour, rien

ignore ce qu'a donné sa main

geant juste est cité parmi les

ne sera plus souhaitable que de

droite; et une personne qui,

honorés de Dieu le jour du

se retrouver sous l'ombre d'Al­

dans la solitude, pense à Allah

jugement. Parce que dans un

Quelles sont ces personnes qui
bénéficieront de ce privilège ?

une personne

et se met à pleurer douce­

monde pareil, il est difficile

ment.» (Rapporté par Abou

d’être un dirigeant juste. En

Hourayrah et recueilli dans

islam, le concept de justice, est

Sahih al-Boukhari et dans

très important ; les musulmans,

Sahih Mouslim)

qu’ils dirigent ou qu’ils soient

qu'Allah accueillera sous Son

Étudions maintenant les vertus

dirigés, doivent appliquer la

ombre au jour où il n'y aura

et traits caractéristiques des

aucune ombre sauf la sienne :

personnes faisant partie de ces

un dirigeant juste; un jeune qui

sept catégories qui mériteront

Le Prophète (SAW) dit : «Il y a

sept catégories de personnes

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Souvent,

les louons exagérément, mais

leur vivant; certains jusqu'aux

lah, à l'abri du soleil.

réalité.

amis ou de nos parents, nous

qu'ils auront accomplies de

en disant cela, le Prophète fit

la

lorsque nous parlons de nos

propre sueur selon les actions

justice en toutes circonstances,

sans exception.
La justice signifie, reconnaître

nous nous concentrons sur

leurs défauts. Cela est bien loin
de la justice qu'Allah aime et
qu'il rétribue, tel que men­
tionné dans le hadith suivant :

«Ceux qui auront appliqué la

justice seront sur des trônes de

lumière près de la main droite
d'Allah - et les mains d'Allah

sont toutes des mains droites -

ceux qui étaient justes dans
leurs sentences, envers leurs

familles et envers tous ceux sur

qui ils avaient autorité.»
Lorsque le prophète (SAW)
affecta Abdoullah ibn Mas'oud

aux terrains de Médine situés
entre les habitations et les pal­

3

Religion de vérité
meraies des Ansar, Banou abd
ibn Zouhrah dit : «Éloigne de

nous le fils de Oumm Abd (Ibn

Mas'oud)». Le Prophète répon­

dit : «Pourquoi Allah m'a-t-Il
donc envoyé? Allah ne bénit

pas un peuple qui ne donne pas

ses droits à un homme faible.»
(Tirmidhi) Le concept de jus­

tice est encore plus important
pour le dirigeant puisqu'il est

responsable de son peuple et

qu'il est le principal acteur de la

justice dans son pays qu’il doit
pratiquer et faire appliquer.

Pour cette raison, le dirigeant
qui sait se montrer juste fera

partie des sept categories de
personnes qui auront l'honneur
d'être abritées à l'ombre d'Al­

lah.

2. Un jeune qui a grandi
dans l'adoration d'Allah...
La jeunesse, voilà la phase de
la vie où l’Homme commence
à goûter à la saveur de la vie.

C’est la période à laquelle il est
le plus vulnérable aux tenta­
tions de la vie éphémère et le

plus susceptible de s'égarer du

droit chemin. La religion est
mise au second plan. Cela est

évident lorsque l'on regarde la
société qui nous entoure et que
l'on constate que la plupart des

choses comme la musique, les
jeux, les boîtes de nuit, le sexe,
le sport, le cinéma, l’imitation

des stars, sont les vraies préoc­
cupations des jeunes. «On n'a
qu'une seule jeunesse, ilfaut en
profiter pour faire sa vie»,

entend-on souvent répéter par
les jeunes. C’est pourquoi tant

garanti qu'ils allaient atteindre
l’âge de la vieillesse!

Alors, les jeunes qui s’intéres­
sent à la religion, surtout à l’is­

lam, sont très peu. Donc, qu’un
jeune grandisse dans l’adora­

tion de Dieu est une exception
dans notre société et une gui­
dance de Dieu. C’est pourquoi

il méritera d’être parmi les
convives de Dieu sous son
ombre le jour où il n’y aura

d’ombre que la sienne. Qu'un
jeune vive dans l'adoration

d'Allah et fréquente des gens
vertueux est une grande béné­
diction d'Allah. Les parents

doivent

accompagner leurs

enfants en cela par leur éduca­

tion

religieuse.

Dans

une

société où on ne laisse aucune
place pour Dieu et que tout est
fait contre Dieu, seul l’effort

des parents, des autorités reli­

gieuses et des associations isla­

miques

pourront garantir la

pratique religieuse aux jeunes.
Cela va de l’intérêt de l’islam

car une société qui espère un
avenir radieux doit former sa

jeunesse. On a qu’à mettre en
pratique le conseil du Prophète

(SAW) lorsqu'il a dit : «Profitez

de cinq choses avant cinq
autres : de votre jeunesse avant

Comme si Dieu leur avait

4

trop souvent le cas de nos jours.

Cinq fois par jour au moins, il

doit aller à la mosquée pour
prier. Car la prière à la mos­

quée est vingt cinq ou vingt
sept fois plus méritoire que

4. Deux personnes
qui s'aiment pour Allah,

qui se rencontrent pour cette
raison et se quittent sur
le même sentiment

celle accomplie seul dans un
autre lieu. En outre, les prêches

D’ordinaire, l’amour qu’on

y sont organisés, des cours reli­

éprouve pour quelqu’un est très

gieux et c’est aussi un lieu de

souvent motivé par d’autres

rencontre et de fraternisation

raisons que la religion. S'aimer

des fidèles. Voici plusieurs rai­

mutuellement pour Allah est

sons qui doivent motiver la fré­

une des meilleures choses qui

quentation de la mosquée par

mènent au succès dans l'au-

les musulmans. Cela donne

delà.

non seulement aux gens qui s'y

pour Allah signifie que le

S'aimer mutuellement

rendent la possibilité d'être

musulman

abrités à l'ombre d'Allah au

musulman seulement et uni­

jour du Jugement, mais aussi

quement parce que ce dernier

un

hadith

rapporte que

:

«chaque pas qu'il fait en direc­

aime son frère

suit la bonne voie et la bonne

religion. L'apparence de la per­

tion de la mosquée l'élève d'un

sonne, les vêtements qu'elle

rang et lui efface un péché.

porte, sa fortune ou sa pau­

Puis, lorsqu'il prie, les anges

vreté, ses origines et la couleur

ne cessent de prier pour lui tant

de sa peau importent peu; peut-

et aussi longtemps qu'il ne

être même que vous détestez

quitte pas sa place. Les anges
disent : «Ô Allah, envoie-lui

plusieurs choses chez cette per­

Tes bénédictions; ô Allah, soit

de même pour sa foi et parce

miséricordieux envers lui...»

qu’elle suit la religion de vérité,

sonne, mais vous l'aimez tout

(Rapporté par Abou Hourayrah

et c'est justement cela, aimer

et recueilli par al-Boukhari)

pour Allah.

Il faut souligner, ici, que tous

Dieu dit : «Ceux qui s'aiment

les hadiths encourageant les

pour Ma gloire seront illumi­

hommes à fréquenter assidû­

nés et seront enviés des pro­

vienne la pauvreté, de votre

ment les mosquées ne doivent

phètes et martyrs.» (at-Tirmi-

temps libre avant que vous ne

pas nous faire croire que l'islam

dhi et Ahmad) Imaginez; être

soyez trop occupés, et de votre

est une religion confinée aux

envié par les messagers élus

vie avant votre mort.» (Rap­

mosquées, comme plusieurs

d'Allah et par ceux qui sont

porté par Ibn Abbas et recueilli

l'imaginent.

dans al-Hakim et autres)

est attaché à la mosquée

Dieu lorsqu'ils seront vieux.

intérêts partisans comme c'est

tion privilégié du musulman.

de vos richesses avant que ne

3. Un homme dont le cœur

façon islamique, bref, à adorer

conflits intestines pour des

avant que ne vienne la maladie,

de jeunes musulmans, de nos

les mosquées, à s'habiller de

luttes pour l’imamat et de

musulmane. Dans ce sens, elle
doit être le lieu de fréquenta­

votre vieillesse, de votre santé

jours, s'imaginent qu'ils com­

menceront à prier, à fréquenter

dans la vie de la communauté

La mosquée est une institution

la

morts dans Sa voie! Telle est la

mosquée doit demeurer au

récompense de ceux qui s'ai­

Néanmoins,

cœur de la communauté musul­

ment pour Allah. C’est pour­

mane et le rôle joué par les res­

quoi ils mériteront d’être sous

ponsables de la mosquée est

l’ombre de Dieu le jour dernier.

essentiel, car ce sont eux qui

Si ce genre de fraternité a été

qui occupe une place impor­

doivent faire de ce lieu un

vécu au temps du prophète

tante en islam. Elle est à la fois

refuge accueillant pour les

un lieu de culte, de formation et

musulmans plutôt qu'un lieu de

de toutes les stratégies entrant

(SAW) notamment à Médine

entre les Ansars et les Mouhad-

jirines, elle reste un vain mot

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Religion de vérité
chez les musulmans contempo­
rains chez lesquels le compor­

lait de succomber à cette tenta­
tion (et à toutes les autres tenta­

cameras pour distribuer leur

coup.» (Rapporté par Abou

zakat. Tous les petits dons à

tement est dominé par le

tions de ce monde) est la

l’endroit des pauvres sont dif­

Hourayrah et Anas et recueilli
dans Sahih al-Boukhari).

l’ethnicisme,

crainte d'Allah. C'est d'ailleurs

l’égoïsme, l’individualisme....

écrit clairement dans le Coran :

fusés. Pourtant, Allah nous met
en garde : «Ô vous qui croyez!

Si nous voulons mériter la

«Quant à celui qui aura craint

Ne rendez pas vaines vos

grâce de Dieu et être sous son

de comparaître devant son Sei­

aumônes en les faisant suivre

ombre, il nous faut revenir à la

gneur et qui aura préservé son

d'un

sunna du prophète, lui qui a dit

âme de ses (mauvaises) pas­
sions, il aura le Jardin pour

comme celui qui ne dépense ses
biens que pour être vu des

racisme,

que le musulman et son frère

rappel ou d'un tort,

Il ne faut pas croire que pleurer
soit un acte efféminé. Le Pro­
phète, qui était le meilleur
homme de la création, pleurait,

tout comme ses compagnons.
Les larmes sont l'expression

musulman forme un seul corps

refuge.»

79:40-41).

autres et qui ne emit point en

de sorte que quand une partie

sincère de la crainte, du respect
profond et de l'amour que l'on

Alors Dieu récompensera celui

du corps souffre, le corps entier

qui réussira à surmonter ses

Dieu et au Jour dernier.»
(Coran 2:264) Qu'Allah nous

ressent envers Allah. Mais à

en pâti.

tentations pour le visage de

préserve de cela. Alors celui

Dieu en l’accueillant sous son

qui donnera au pauvre son droit

ombre.

en préservant sa dignité aura

5.

Un homme qu'une femme

de grande beauté et de statut

(Coran

social important appelle à

6. Une personne qui donne

elle et qui refuse en disant :

en charité si discrètement

«Je crains Allah»

que sa main gauche ignore

l’admettra sous son ombre.
7.

droite...

met à pleurer doucement.

au feu de l'Enfer et parmi elles,

C'est là la description d'une

La méditation est un exercice

l'attirance pour les femmes. Le

personne qui fait tout son pos­

spirituel très important pour

sexe est devenu le sport quoti­

sible pour se protéger de l’os­

l’ascension

dien des gens de sorte que

tentation. Ar-riyaa signifie,

croyant. C’était un exercice

même des dirigeants de haut

accomplir des actions dans l'in­

favori des prophètes avec à leur

rang n’hésitent pas à se com­

tention

et

tête Mohammed (SAW) qui

porter moins que des animaux

reconnu par les gens. Ce péché

s’adonnait à cette pratique

Combien d'hommes ont mené

détruit tout ce qu'une personne

avant même sa mission prophé­

leur âme à la destruction pour

aurait pu retirer de ses bonnes

tique. Cette méditation doit

tions qui peuvent nous mener

d'être

glorifié

spirituelle

du

une femme? Les femmes s’ha­

actions en plus de lui mériter

porter sur les signes de Dieu

billent tout en restant nues,

un châtiment que seul Allah

dans les cieux, la terre, les

dans des vêtements dits sexy

connaît.

mers,

pour attirer les hommes. De
sorte que mêmes les femmes

succomber les
hommes. C'est la raison pour
laides

font

laquelle le Prophète (SAW) a
mis en garde les hommes de sa

Oummah lorsqu'il a dit : «Le
monde est beau et vert et Allah
va vous établir comme succes­

seurs sur cette terre afin de voir
comment vous allez vous y

comporter. Alors évitez la
séduction des femmes;

en

vérité, la première épreuve des
enfants d'Israël avait trait aux
femmes.» (Sahih Mouslim)

L'ostentation est dangereuse
parce qu'il est dans la nature de

l'homme d'aimer recevoir des
éloges. Il faut donc faire très

attention à ce que son intention
soit pure dès le départ et qu'elle

ne

se

transforme

pas

au

moment d'accomplir l'action.
De nos jours, dans certaines

mosquées, on voit parfois des
tableaux où sont inscrits les

noms de ceux qui ont fait des

dons, dans d’autres, le nom de

ceux qui font est communiqué
par les haut-parleurs, Certains
fidèles n’hésitent pas aligner

La seule chose qui puisse vrai­

les nécessiteux devant leur

ment nous protéger contre le

porte et sous les projecteurs des

La Preuve n° 31 -Mai 2010

les

montagnes,

il de penser à Allah, dans la
solitude, et d'en être émus aux

larmes? A quel point rionsnous et à quel point nos larmes
sont-elles rares? Le Prophète a

Une personne qui, dans la

solitude, pense à Allah et se

ce qu'a donné sa main

Ce monde est plein de tenta­

les félicitations de Dieu qui

quelle fréquence nous arrive-t-

les

étoiles, les versets... A ce pro­

dit : «Rien n'est plus cher à

Allah que deux gouttes et deux
traces : une larme versée par
crainte de Lui et une goutte de

sang versée pour Sa cause. Et
une cicatrice récoltée dans la

lutte pour Sa cause, de même

qu'une trace laissée par l'ac­
complissement d'un des devoirs

qu'il nous a rendus obliga­
toires.» (at-Tirmidhi et alMishkaat) Une personne qui,

dans la solitude, pense à Allah
et se met à pleurer doucement

sera sous l’ombre de Dieu.
En définitive, ce magnifique

pos, Dieu dit : «Le moment

hadith nous indique clairement

n'est-il pas venu pour ceux qui
ont cru, que leurs cœurs s'hu­

porté pour obtenir la satisfac­

les moyens qui sont à notre

milient à l'évocation d'Allah et

tion d'Allah. Alors chers frères

devant ce qui est descendu de

et chères sœurs en islam,

la vérité [le Coran] ? Et de ne

déployez tous les efforts possi­

point être pareils à ceux qui ont

bles pour faire partie d'au

reçu le Livre avant eux. Ceux-

moins l'une de ces catégories,

ci trouvèrent le temps assez

car heureux seront ceux qui

long et leurs cœurs s'endurci­

profiteront de l'ombre d'Allah

rent, et beaucoup d'entre eux

au Jour où il n'y aura aucune

sont pervers» C57V16. Si cet

autre ombre que la Sienne. Et

exercice est fait avec concen­

cela est en soi un indice clair du

tration, elle about aux pleures.

succès au paradis. Car il ne

Le Prophète (SAW) a dit : «Si

plaira pas à Dieu de châtier

vous saviez ce que je sais, vous
ririez peu et pleureriez beau­

celui qu’il aura hébergé sous

son ombreH

5

Preuve évidente
Le vrai visage de satan
Par Cheick Albayan

Dieu dit dans le Coran : «ô

à l’argile

hommes ! La promesse d'Al­

Que faisais-tu au Paradis?

lah est vérité. Ne laissez pas

la vie présente vous tromper,
et que le grand trompeur
(Satan) ne vous trompe pas à
propos d'Allah. Le Diable

(satan) est pour vous un
ennemi Prenez-le donc pour
un ennemi II ne fait qu'ap­
peler ses partisans pour

qu’ils soient des gens de la
Fournaise (Penfer)».C35V67

Après notre lettre adressée à

notre ennemi numéro un
Satan, il a réagi en nous
accordant une interview. Dans
cet entretien, Iblis (satan)

dévoile sa personnalité, sa
mission, ses stratégies mais

aussi les moyens qu’il faut
mettre en œuvre pour échap­

per à ses stratagèmes. Voici
une occasion de plus pour

nous de découvrir le vrai

visage de satan et d’éviter

d’être pris dans ses pièges.

P : Comment t’appelles-tu ?
Satan (S) : Je m'appelle Ibliss.

P : Comment as-tu été créé?

Mon Seigneur m’a créé du

feu (flamme).
Où habitais-tu?

J’habitais au paradis mais j'y
ai été chassé par Dieu.
Pourquoi?
Car ALLAH m'avait demandé

de me prosterner devant un
homme fait d'argile et de terre

prénommé Adam alors que
moi j'ai été créé de feu, et j'ai
refusé car le feu est supérieur

6

Je faisais beaucoup de zikr
d'ALLAH de sidjdahs...... et
j'étais beaucoup respecté
parmi les anges mais j'avoue
que je n'avais pas l'amour
d'ALLAH dans mon cœur par
rapport aux anges ; voilà
pourquoi je n'ai pas obéi à
ALLAH et j'ai été chassé du
Paradis
Que deviens-tu maintenant?

Lavais demandé à Allah un
délai afin que je puisse
détourner ces hommes que je
hais, pour qu'ils m'accompa­
gnent dans l'enfer mais
ALLAH m'a annoncé que
seuls ceux qui ont l'amour
d'ALLAH dans leur cœur,
L'obéissent et suivent la
Sounnah de Raçoulloullah
(SAWS) ne seront pas détour­
nés ! Donc je piège les
humains avec mes objets
favoris qui sont les péchés
comme la médisance, le men­
songe, la calomnie, l'adultère,
la prostitution, l’alcool, la
rébellion à la loi divine, la
négligence de la prière,
l’amour des biens mondains,

etc...................
Comment te nourris tu ?

Je me nourris comme les

hommes mais je ne peux pas
manger lorsque quelqu’un
prononce le nom d'ALLAH et
dit bismillah d'ailleurs je ne
peux entrer dans les demeures

où sont lus le coran, où l'on
parle tout le temps d'Allah, où
l'on fait sa prière constam­

ment, où l'on lit les doas avant
d'entrer et de sortir de la mai­
son, et où l'on prononce as
salam'ou alaikoum en entrant
et en sortant!

Où te trouves tu générale­
ment ?

Dans les endroits impurs
comme les toilettes, dans les
lieux sombres, dans les lieux
comme les piscines, les clubs,
les plages, les bazars, les mar­
chés bref les endroits où il y a
foule, aussi dans les boîtes de
nuit, les concerts bref où
règne la musique ; je suis le
compagnon permanent des
insouciants qui ont oublié
Dieu, ceux qui suivent leur
passion.....
Es-tu tout seul ?

évitant les péchés, qui lisent
le quor'ane et qui suivent les
pratiques de l'Envoyé d'AL­

LAH (SAW). Ces personnes
sont mes ennemis car je ne
peux pas les approcher ; ils

ont l'aide et la protection
d'ALLAH et je ne peux rien
faire face à la puissance d'AL­

LAH
Qui peut tomber dans tes

pièges ?
Ceux qui commencent à
négliger leur prière ou tout

autre acte d'obéissance à
ALLAH ! Ceux-là, je leur fais

des fausses promesses en
disant qu'ALLAH les pardon­
nerai quel que soit le péché, et
qu'ils pourraient le faire conti­

nuellement. Certes ALLAH

Non je suis avec des djinns

est Pardonneur et Très Miséri­

des shaitans
comme moi et dans le lieu le
plus sombre dans la nuit la
plus sombre on se réunit pour
faire l'inventaire de nos actes.

cordieux. J'abuse les hommes

maléfiques,

Et j'offre une récompense
spéciale pour les diables qui
ont causé des problèmes entre
les époux, des ruptures fami­
liales, qui ont poussé un
musulman vers les péchés
comme cesser d'aller à la
mosquée, ou à désobéir aux
parents, ou négliger la prière,
etc....

Qui sont tes ennemis ?
déteste les personnes
pieuses, ensuite ceux qui pra­
tiquent régulièrement leur
prière, les savants, ceux qui
cherchent le savoir religieux,
qui obéissent à ALLAH en

Je

pour les tromper mais ils ne

savent pas que c'est ALLAH
seul qui décide de pardonner
quelqu'un ou de ne pas le faire
mais je les trompe, que ce
n'est pas grave que c'est sûr
qu'ils seront pardonnés, alors

que leur sort dépend réelle­
ment d'ALLAH.

Ainsi, ceux qui me croient et
tombent dans le péché, ne
savent pas comment je me
réjouis car en réalité ils
deviennent un habitant de

plus à m'accompagner en
enfer et je serai gagnant face
aux
humains
que je

déteste!!!!!!

Comment peut-on se proté­
ger de toi ?

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Humeur

lit? • •!«

efforts qui semblent déployés

Si on n’y prendre garde, ce

finisse par atteindre ceux qui

le

par les autorités. Ce qui est

phénomène grandissant qui

ont encore un grain de morale

don-

certain, la bataille est loin

tend à se généraliser va finir

et d’éthique et qui ont fait le

d’être gagnée, et chacun pour

par produire une génération de

vœu de résister à cette forte

ce qui le concerne, doit redou­

tricheur, de paresseux aimant

tentation. Mais ils doivent aller

bler d’effort. On ne cessera

la courte échelle. Il n’y a pas

plus loin en dénonçant ceux

jamais de le dire, la persis­

d’avenir pour un Etat avec ces

qui trichent autour d’eux et qui

tance des fraudes, malgré les

personnes, elles-mêmes qui

les empêchent de réussir. C’est

moyens de dissuasion mis en

n’ont pas d’avenir. C’est pour­

à ce deuxième niveau de foi

place, est à l’aune de la déli­

quoi, les pouvoirs publics doi­

qu’il faut passer pour mettre

quescence morale de notre

vent autant trouver les méca­

fin à cette injustice. Car le pire

société. Pourquoi autant de

nismes adéquats que les per­

n’est pas la méchanceté des

ténacité et d’abnégation dans

sonnes à même de les porter,

gens mauvais mais le silence

le mal ?

pour que celte gangrène ne

des gens bien ■

partir du 3 juin

A

prochain,

BEPC

\ nera le
-^départ

top
des

examens scolaires dans notre

pays.

Après,

concours

de

suivront
la

... ■

les

fonction

publique, dont les dates n’ont

pas encore été communiquées.
Depuis quelques années, les

examens et concours riment
avec

fraudes,

malgré

les

-n paysan avec 3
de ses ânes se
rendait au marché
pour vendre sa

U


récolte. La ville
était loin et il lui faudrait plu­
sieurs jours pour l’atteindre. Le
premier soir, il s'arrête pour
bivouaquer non loin de la maison
d'un vieil ermite. Au moment
d'attacher son dernier âne, il
s'aperçoit qu'il lui manque une
corde. Si je n'attache pas mon âne
se dit-il, demain, il se sera sauvé
dans la montagne! Il monte sur
son âne après avoir solidement
attaché les 2 autres et prend la
direction de la maison du vieil
ermite. Arrivé, il demande au

SAGESSE DU MOIS
vieil homme s'il n'aurait pas une
corde à lui donner. Le vieillard
avait depuis longtemps fait voeux
de pauvreté et n'avait pas la moin­
dre corde, cependant, il s'adressa
au paysan et lui dit; "Retourne à
ton campement et comme chaque
jour fait le geste de passer une
corde autour du cou de ton âne et
n'oublie pas de feindre de l'atta­
cher à un arbre." Perdu pour
perdu, le paysan fit exactement ce
que lui avait conseillé le vieil
homme.
Le lendemain dès qu'il fût
réveillé, le premier regard du pay­
san fut pour son âne. Il était tou­
jours là! Après avoir chargé les 3
baudets, il décide de se mettre en
demande tawbah (le repentir)

Les personnes qui disent le

Ta’aouz

(Aouzou

billlah

minachetani radjim), la bas-

mallah avant chaque acte,

ceux qui lisent Ayat al-kursiy
(les versets du trône C2V255)

le soir avant de dormir,

ALLAH enverra un gardien

qui les protégera de mes
méfaits ‘.ensuite ceux qui font
leurs prières avec concentra­
tion et dévotion, je ne peux les

ennuyer. Après, il y a ceux qui

La Preuve n° 30 -Avril 2010

route, mais là, il eut beau faire,
tirer sur son âne, le pousser, rien
n'y fit L'âne refusait de bouger.
Désespéré, il retourne voir l'er­
mite et lui raconte sa mésaven­
ture. "As-tu pensé à enlever la
corde?" lui demanda-t-il. "Mais il
n'y a pas de corde!" répondit le
paysan. "Pour toi oui mais pour
l'âne..." Le paysan retourne au
campement et d'un ample mouve­
ment, il mime le geste de retirer la
corde. L'âne le suit sans aucune
résistance.
Ne nous moquons pas de cet âne.
Ne sommes-nous pas, nous aussi,
esclave de nos persuasions (ima­
giner qu'on "se doit" de faire ceci,
ou qu'on " doit être" comme cela,
évitent le péché, qui écoutent

ou la crainte du regard des autres,
etc) et pire encore : esclave de nos

habitudes mentales (peurs, jalou­
sies, orgueil, envie, etc) ? Tout
ceci n'est pourtant qu’imagination

de notre part., car rien ni per­
sonne ne nous oblige à quoi que

ce soit en réalité, c'est nous qui
nous obligeons à certains actes...

Dans tous nos actes, nous avons
toujours le choix, il ne s'agit que
de le vouloir vraiment.. Deman­
dez-vous donc quelle(s) corde(s)

invisible(e) vous empêche(nt) de

vous exprimer, de vivre, de vous
épanouir et de progresser ■

Mouhammad (SAWS) et ne

auprès d'ALLAH sincère­

les rappels et qui demeurent

tombons pas dans les pièges

ment et ne commettent plus

en compagnie des pieux !

de

satan,

combattons-le

Oh! pauvre petit satan tu

avec un Iman fort et soyons

nous a donné les moyens de

certains qu'ALLAH nous

ALLAH, implorent Sa pro­

te combattre dans cet inter­

aime

tection, lisent la sourate Yas-

view,

sine le matin après fajr , bref

croyantes, musulman((e)s),

Nous savons désormais tout

tout ceux qui obéissent à

un péché et au contraire lisent

le

Coran,

obéissent

à

alors

croyants,

et

nous

aidera!!!

Amine.

prions ALLAH et obéissons

sur satan notre ennemi juré et

ALLAH en souhaitant Son

Lui, faisons nos prières,

nous sommes avertis de ses

contentement et ont un amour

lisons le coran, évitons les

tentations ! Alors à chacun

pour Son bien aimé prophète

péchés, aimons ALLAH sin­

d’être vigilant et de se prému­

(SAW) ; attirent sur eux

cèrement et suivons les pra­

nir

l'amour d'ALLAH ainsi que

tiques de notre prophète

toutes Ses faveurs, ceux qui

7

Pl ume du mois
LEADERSHIP

Pour un réveil de la jeunesse musulmane !
Par A ris

tous, celui du citoyen respon­

Chacun devrait faire un bilan

sable qui lutte contre les nui­

personnel de sa participation

mois est tout

sances
publiques,
celui
d’avoir le Message de vérité
et
et de félicité qu’il faut parta­
peint une réalité
qui caractérise à ger
plusieurs
avec l’humanité, etc.

aux prises de décisions dans

particulier,

son environnement immédiat.

égards la jeunesse croyante,
Est-ce que la plupart de

en tant que croyant, mais en

e sujet que nous
évoquons
ce

L

notamment celle musulmane.
Comment vivre sa foi tout en

musulmans en se comportant

s’affirmant dans son milieu
social, économique, culturelle

? Est-ce que l’Islam demande

et politique ? Cette question
mérite d’être posée au regard
du paradoxe qui existe entre

la rigueur et le sérieux, propre
à l’éducation de la jeunesse
croyante et son absence totale

ainsi sont conformes à l’Islam
à chacun de ne se préoccuper

que de sa propre personne, en

fermant les yeux sur les mal­
heurs et atrocités qui se

déroulent autour de lui ? Non
t

Chacun devrait évaluer son

apport, l’impact de ses actions
tant que simple citoyen, dans

va la vie.

Il faut vivre avec les hommes
en étant avec Dieu. C’est dire
que

notre

responsabilité

sociale est engagée à tous les
niveaux. Le croyant que tu es,

doit impulser une dynamique

la zone d’influence qui est la

aussi bien au profit des âmes

sienne. C’est connu, si tu ne

que des corps. Quand on ne

façonne pas ton environne­

veut pas être mené en bateau,

ment, c’est bien cet environ­

vaut mieux être aux premières

nement qui te façonnera. Loin

loges des cadres de concerta­

d’être un obstacle à la partici­

tion, sinon en tenir les rênes.

pation, la foi est plutôt un

Cette ambition manque tou­

tremplin dans la confiance en

jours aux jeunes musulmans.

soi, nécessaire dans l’action

C’est maintenant qu’il faut se

dans la sphère du leadership.

L’Islam c’est la responsabilité

pour le changement de son

rendre compte de l’immense

La maison de Dieu et le livre

envers autrui dans sa forme la

milieu.

C’est pourquoi, un

potentialité que représente la

saint seraient une barrière à

plus aboutie. L’Islam surpasse

réveil est nécessaire au sein

foi. Cette foi est le meilleur

l’affirmation de soi dans l’es­

toutes les idéologies en déve­

de la jeunesse croyante, cha­

moyen d’action pour le chan­

pace public ? Assurément non
!

loppant un véritable sens des

cun dans le milieu qui est le

gement de comportement.

responsabilités, généreux et

sien.

C’est une valeur dont les

Lorsque nous posons notre

complet.

En attendant, le décor est peu

sources ne sont pas monnaya­

regard sur les jeunes musul­

Le processus du positionne­

reluisant. C’est à croire que le

bles et ceux qui en sont dépo­

mans, nous constatons que le
sentiment de leadership n’est

ment dans la société est géné­

jeune croyant notamment

sitaires doivent s’inviter en

ralement perçue à tort ou à

musulman est celui qui mal­

permanence à l’action au pro­

pas beaucoup développé par

raison, comme une démarche

gré sa sagesse, son instruc­

cette catégorie de citoyens au

aux antipodes de l’exigence

tion, son intégrité est ce per­

sein de leur groupe ou de leur
quartier. Certes, la solidarité

de la morale et de l’éthique.

sonnage qui s’impose des

C’est sans doute cette percep­

rôles secondaires dans la

familiale, les dons pour les

tion qui influence négative­

société. Puisqu’une responsa­

fit des hommes.
Et la parole du Messager

(SAW) est on ne peut plus
clair : «Celui d’entre vous qui
voit un acte répréhensible,

nécessiteux ou le bon voisi­

ment sur toute entreprise de

bilité sociale suppose la prise

nage restent choses com­
munes dans le monde isla­

leadership social au sein de la

en charge des préoccupations

jeunesse croyante. Mais ce

diverses, y compris des préoc­

ment. S’il ne peut pas physi­

mique. Ces comportements
traduisant un sentiment de

prétexte justifie peu une telle

cupations non spirituelles, les

quement alors il le corrige

démission devant une respon­

gens préfèrent s’en abstenir.

verbalement. S'il ne peut pas

envers

responsabilité réel

doit le corriger matérielle­

sabilité collective et indivi­

Le revers est que l’on est

verbalement, alors, qu'il le

autrui.

duelle.. L’on ne peut se pré­

contraint alors dans ce cas, de

corrige dans son cœur, et

Néanmoins, certains senti­

tendre Calife de Dieu sur terre

ments de responsabilité sont
quasi-inexistants : celui du
leader modèle au service de

et demeurer absent quand il

subir les actions même
néfastes de ceux qui acceptent

lim, ’Abû-Dâwud, Ibn Mâja,

s’agit de l’occupation de l’es­

à leurs risques, d’assumer

at-Tirmidhî, an-Nasâ’î, ’Ah-

pace public.

leurs responsabilités. Et ainsi

mad.|

8

c’est là la foi minimale» Mus­

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Flash Back

Le visage non islamiste du terrorisme
Par Bachar SOW

S’il est un phénomène qui a
marqué ce début de 21ème siè­
cle, c’est bien le phénomène du
terrorisme. A tord, il a été attri­
bué à l'islam, exposant et met­
tant mal à l’aise de nombreux
musulmans. Nous avons voulu
dans cet article, remonter aux
origine de ce mal et montrer les
nombreux actes terroristes
commis par des non musul­
mans.

contre de hauts fonctionnaires ou
contre de simples citoyens, dont
la victime la plus célèbre reste
l’impératrice Élisabeth, épouse

de François-Joseph 1er, assassi­
née par un anarchiste italien en
1898. Avant la Première Guerre
mondiale, le mouvement révolu­
tionnaire russe a aussi une forte
connotation terroriste.

Par ailleurs, fascisme et commu­
nisme ont l’un et l’autre fait du
terrorisme le principal instrument
de leur politique, terrorisme
qu’ont, par exemple, prôné Léon
Trotski et Georges Sorel (journa­
liste et théoricien politique fran­
çais, il fut l’un des principaux ins­
pirateurs du syndicalisme révolu­
tionnaire.)

Au XXe siècle, des groupes tels

Dans les années 1920 et 1930,

Des origines à la 2nde guerre
mondiale

Le mot terrorisme est lié à la
période de la Révolution fran­
çaise connue sous le nom de Ter­
reur (1793-1794). Mais avant
cette époque, la Réforme au
XVle siècle, a instauré des pra­
tiques terroristes entre les groupes
protestants et catholiques notam­
ment en Irlande. C’est après la
Révolution française, que le ter­
rorisme, dans sa forme moderne,
s’est considérablement déve­
loppé. Partisans et adversaires des
valeurs révolutionnaires s’enga­
gent en effet dans le terrorisme au
lendemain des guerres napoléo­
niennes.

Klux Klan se constitue après la
défaite des États confédérés pen­

dant la guerre de Sécession
(1861-1865), dans le but de terro­
riser les anciens esclaves, ainsi
que les représentants des admi­
nistrations responsables de la
reconstruction imposée par le
gouvernement fédéral.
En Europe, à la fin du XIXe siè­
cle, les partisans de l’anarchisme
lancent des attaques terroristes

La Dreuve n° 31 -Mai 2010

années 1960, leurs adversaires
arabes font un usage beaucoup
plus systématique du terrorisme.
Ainsi, l’expulsion des guérilleros
palestiniens de Jordanie, en sep­
tembre 1970, est-elle commémo­
rée par la création d’une armée
terroriste extrémiste appelée Sep­
tembre noir. Par ailleurs, l’Orga­
nisation de libération de la Pales­
tine (OLP) mène des opérations
de commandos et des actions ter­
roristes (prises d’otages, détour­
nements d’avions).
Au milieu des années 1980, après
le détournement d’un Boeing de
la TWA et du paquebot italien
Achille Lauro (1985), le terro­
risme international de souche
palestinienne décline, l’OLP pri­
vilégiant dorénavant la voie des
négociations avec Israël. De nou­
velles formes de terrorisme, liées
à la révolution en Iran (1979) et à
la montée du fondamentalisme
islamique, apparaissent. Le 21
décembre 1988, une bombe
détruit le vol Pan American 103
au-dessus de Lockerbie, en
Écosse, provoquant la mort de

Au Japon, le nationalisme pro­
impérial qui conduit à la restaura­
tion de Meiji en 1868, s’accom­
pagne de nombreuses attaques
terroristes contre le shogunat
Tokugawa.
Dans le sud des États-Unis, le Ku

des groupes radicaux juifs,
comme le groupe Stem ou l’orga­
nisation Irgoun, ont recours au
terrorisme contre les communau­
tés arabes et contre les Britan­
niques, durant la lutte pour l’indé­
pendance d’Israël. À compter des

que l’Organisation révolution­
naire macédonienne, les Oustachis croates, et l’Armée républi­
caine irlandaise (Irish Republican
Army, IRA) ont souvent exporté
leurs activités terroristes en
dehors des frontières nationales.
C’est ce type de terrorisme natio­
naliste qui est à l’origine de l’as­
sassinat de l’archiduc héritier
François-Ferdinand, perpétré à
Sarajevo en 1914 par un nationa­
liste serbe, et qui déclencha la
Première Guerre mondiale

l’instabilité politique fait une
large place à l’activité terroriste.
Mais, dans l’ensemble, ce phéno­
mène a fini par disparaître dans le
conflit de plus grande ampleur
qu’a été la Seconde Guerre.

270 personnes. L’Iran et la Libye
sont soupçonnés par l’Agence
centrale de renseignements des
États-Unis.

Après de2nde
guerre mondiale

Le 19 avril 1995, l’attentat
d’Oklahoma City, perpétré par
des extrémistes de droite améri­
cains, cause la mort de 168 per­
sonnes.

Le conflit ouvert entre les pays
arabes et Israël au Proche-Orient
est à l’origine de la vague de ter­
rorisme qu’ont connue les années
1960. À la fin des années 1940,

En Allemagne de l’Ouest, la
Fraction Armée rouge (Rote
Armee Fraktion, RAF), mieux
connue sous le nom de «bande à
Baader», cambriole de nom-

9

Flash Back
breuses banques et organise
maintes attaques contre les instal­
lations militaires américaines
dans les années 1970. Ses atten­
tats les plus spectaculaires sont
l’enlèvement et l’assassinat du
grand industriel Hans Martin
Schleyer en 1977, ainsi que le
détournement d’un avion de ligne
de la Lufthansa à Mogadiscio, en
Somalie, afin de faire pression
pour que les dirigeants de la RAF,
Andreas Baader et Gudrun
Ensslin, soient libérés de prison.
Tout comme l’organisation terro­
riste japonaise de l’Armée rouge,
les membres de la RAF coopèrent
fréquemment avec les terroristes
palestiniens, comme lors de l’as­
sassinat de onze athlètes israé­
liens par un commando de Sep­
tembre noir, aux jeux Olym­
piques de Munich en 1972. Dès la
fin des années 1970, la plupart
des militants de la Fraction
Armée rouge sont morts ou
emprisonnés.

En Italie, la puissance des terro­
ristes, dont les plus importants
ont été les Brigades rouges,
repose sans doute sur la tradition
anarchiste du pays et sur son
instabilité politique. Leurs activi­
tés culminent en 1978, avec l’en­
lèvement et l’assassinat de l’an­
cien président du Conseil Aldo
Moro. Par la suite, le terrorisme
gauchiste décline, grâce aux
mesures policières, sans toutefois
disparaître entièrement. En
revanche, le terrorisme de droite
tend à se renforcer, illustré en
1980 par l’attentat à la bombe de
la gare de Bologne. En 1993,
c’est le musée historique des
Offices de Florence qui est visé
lors de la série d’attentats à la
bombe qui seront attribués à la
Mafia. Beaucoup de ces attentats
ont été considérés, comme des
exercices de «propagande noire»
mis en œuvre par la droite ou par
tout autre groupe ayant intérêt à
entretenir un climat d’instabilité
politique afin de •'favoriser un
régime autoritaire.

10

Au Japon, un attentat au gaz sarin
dans le métro de Tokyo, perpétré
par la secte Aum le 20 mars 1995,
et ayant fait 12 victimes et intoxi­
qué plus de 5 000 personnes, cris­
tallise les craintes latentes face à
un terrorisme qui aurait recours
aux armes dites non convention­
nelles (chimiques, bactériolo­
giques ou nucléaires).

Dans les années 2000, les indé­
pendantistes de Tchétchénie
répondent à la guerre menée par
la Russie par le terrorisme. En
octobre 2002, un commando
tchétchène prend en otage plus de
700 spectateurs dans un théâtre
de Moscou. Dirigé par Movsar
Baraïev (23 ans), le commando
réclame la fin dos combats et le
retrait des troupes russes de
Tchétchénie. La prise d’otages se
conclut tragiquement dans la nuit
du 25 au 26 octobre par l’assaut
des forces spéciales russes. En
septembre 2004, le chef de guerre
islamiste Chamil Bassaïev reven­
dique la prise d’otages dans
l’école de Beslan (Ossétie), pour
lequel l’assaut s’est soldé par la
mort de plus de 300 personnes,
dont de nombreux enfants.

En Irlande, la campagne terroriste
menée par l’Armée républicaine
irlandaise (Irish Republican
Army, IRA) est issue du mouve­
ment pour les droits civils irlan­
dais, qui lutte dans les années
1960 pour améliorer le statut des
catholiques en Irlande du Nord.
La montée du terrorisme dans les
camps catholiques et protestants
impose la séparation des deux
communautés en deux zones pro­
tégées par des troupes militaires.
Portés par une idéologie révolu­
tionnaire, les membres de TIRA
se lancent dans des attentats â la
bombe, des fusillades et des
attaques armées en Irlande ou en
Grande-Bretagne, prenant pour
cible l’armée ou les civils.
Le 7 juillet 2005 ont lieu quatre
attentats-suicides dans le métro et
un autobus de Londres. Revendi­

qués par un groupe islamiste, ils
font plus de cinquante morts.
Pour la première fois en Europe,
ces attentats sont de type kami­
kaze.

En Espagne, la branche militaire
de l’organisation nationaliste
basque, ETA, fondée au milieu
des années 1950 (le sigle ETA
date de 1959), est à l’origine en
1979 d’une vague d’attentats,
consécutive à l’adoption d’un
nouveau statut pour le Pays
basque. De 1976 à 1993, la lutte
armée menée par l’ETA a causé la
mort
de
800
personnes.
Aujourd’hui, FETA continue
dans la voie de la violence. Le 12
juillet 1997, elle a ainsi exécuté
un conseiller municipal basque,
Miguel Angel Blanco, qu’elle
avait pris en otage quelques jours
plus tôt. En réaction, près de trois
millions de personnes ont mani­
festé à Madrid, Barcelone et Bil­
bao contre le terrorisme de l’ETA
(14 juillet 1997).
Le 11 mars 2004, quatre trains
dans des gares de Madrid et sa
banlieue sont touchés par dix
bombes qui explosent en
quelques minutes, faisant plus de
200 morts et près de 1 500 bles­
sés. Dans un premier temps, le
gouvernement attribue ces atten­
tats à l’ETA, mais l’enquête
s’oriente rapidement vers la piste
islamiste, et notamment celle
d’Al Qaida. Le traumatisme col­
lectif rappelle celui du 11 septem­
bre 2001 aux États-Unis, d’autant

que l’Espagne avait alors servi de
base logistique à la préparation
des attaques de New York et de
Washington.

Des attentats ont aussi été com­
mis en France par des ressortis­
sants français, tels que ceux
constituant le groupuscule d’ex­
trême gauche Action directe.
Actifs de 1979 à 1987, les mem­
bres d’Action directe défendent
une idéologie antiaméricaine et
luttent contre l’impérialisme en
posant des bombes dans les insti­

tutions représentant l’ordre et le
pouvoir.

En outre, des actes terroristes sont
commis à partir des années 1970
par le Front de libération natio­
nale de la Corse (FLNC) qui
prend pour cible, en Corse et sur
le continent, des bâtiments repré­
sentant l’État et des structures
touristiques. Depuis 1976, le
FLNC a ainsi revendiqué plus de
5 000 actions armées.
Pour juger les actes terroristes,
une section spécialisée dans la
lutte antiterroriste a été créée par
une loi du 9 septembre 1986 au
sein du tribunal de grande ins­
tance de Paris. Les crimes terro­
ristes sont jugés par une forma­
tion spéciale en cour d’assises,
constituée de sept magistrats,
sans jury populaire. Une associa­
tion, SOS Attentats, a été créée en
janvier 1986 par Françoise
Rudetzki, afin de faire évoluer la
législation en faveur des victimes
d’actes de terrorisme.

En Amérique latine, les mouve­
ments terroristes s’inscrivent dans
une longue tradition nationale de
violence politique. Avec la formi­
dable croissance des villes, les
mouvements de guérilla urbaine
se sont multipliés. Le Sentier
lumineux, organisation terroriste
maoïste péruvienne, en est l’un
des plus célèbres exemples : il a
recours à des tactiques particuliè­
rement sanglantes et aveugles
pour déstabiliser l’État et provo­

quer des contre-mesures répres­
sives. Dans les années 1990, cer­
tains membres du cartel de la
cocaine en Colombie emploient
des méthodes terroristes, afin que
le gouvernement limite l’applica­
tion des lois interdisant le trafic
des stupéfiants. La même straté­
gie est suivie par le crime orga­
nisé en Italie dans la défense des
intérêts du cartel ■
Source : Microsoft Encarta 2008

La Preuve n° 31-Mai 2010

oom
Système de santé au Burkina Faso : Où sont passés les musulmans ?
===

Par E.A.C

La ummah suit timidement cette
a santc est au cœur
dynamique communautaire. En
des préoccupations
effet, dans la ville de Ouagadou­
des hommes. Elle fait
gou par exemple, on dénombre les
partie des besoins
dispensaires islamiques de la
fondamentaux
de
l’homme. Ne dit-on pas queLigue
le piremondiale islamique à la Pâte
oie et
ennemie de l’homme est lad’mala
­ à Hamdallahi, le centre
médical de l’Agence des Musul­
die ? L’espérance de vie en Occi­
mans d’Afrique à Dassasgho et le
dent a été élevée suite à une amé­
centre de santé de la fondation Ibn
lioration de l’offre de soin. Dans
Massoud à Tanghin. Ces quelques
les pays en développement comme
centres de santé sont tous au 1er
le Burkina Faso, le domaine de la
échelon.
santé fait partie des secteurs
sociaux qui bénéficent des initia­
Regardons ce qui ce passe dans les
tives liées à la réduction de la
autres communautés, nous nous
dette.
limiterons aux seuls centres de
renommée nationale, voire inter­
L’organisation du système sani­
nationale. Les protestants ont le
taire au Burkina Faso est de type
centre médicale schiphra protes­
pyramidal. Les structures de soins
tant que tous les Ouagalais
sont classées à quatre échelons. Le
connaissent bien et d’autres cen­
1 er étant le CSPS, ensuite le CMA,
tres médicaux de moindre impor­
puis le CHR et enfin le CHU au
tance que schiffra.
sommet de la pyramide. En

L

dehors des hôpitaux publics, on a
aussi des hôpitaux privés et com­
munautaires. C’est la traduction du
rôle que jouent le privé et les com­
munautés dans l’offre de soins au
coté de l’Etat. Votre mensuel La
PREUVE s’intéresse ce mois à la
participation des musulmans à
l’amélioration de la santé des
populations. En effet, l’islam
prône la solidarité et l’entraide
entre les hommes. Il déclare que
celui qui sauve un homme c’est
comme s’il avait sauvé tous l’hu­
manité. Que font les musulmans
aujourd’hui pour se soigner et soi­
gner les autres ? That is the ques­
tion ?

La demande en santé est très éle­
vée. Et il faut des structures pri­
vées pour soutenir l’Etat dans l’of­
fre de soins au Burkina Faso.
L’Etat l’a bien compris en encou­
rageant l’ouverture des centres de
santé privés et communautaires et
en adoptant une politique de
contractualisation avec les associa­
tions dans le domaine de la sensi­
bilisation face à certaines mala­
dies. Les communautés aussi s’or­
ganisent pour se soigner et rendre
service aux populations.

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Au niveau des catholiques, on
connaît bien le centre médical
saint Camille. Nous connaissons
tous la renommé de ces centres
médicaux par l’étendue des ser­
vices offertes et le nombre élevé de
consultations qui s’y déroulent.
Ces communautés ont plusieurs
autres centres de santé dans les dif­
férents quartiers de la ville.

Les catholiques sont même allés
plus loin en décidant de se donner
les moyens de former eux-mêmes
leur personnel. En effet, ils ont
créé la faculté de médecine à l’uni­
versité catholique saint Thomas
d’Aquin. Cette initiative devra se
poursuivre avec la construction
d’un CHU et l’ouverture de la
prochaine faculté de pharmacie.
On voit donc que les autres com­
munautés se donnent les moyens
de prendre en charge la santé de
leur communauté et des Burki­
nabè.

Il y a quelques mois, un ami après
avoir conduit son épouse à saint
Camille, nous dit avoir remarqué
que le centre est plein de femmes
musulmanes voilées. Elles y vien­
nent pour leurs consultations. Et ce

'

dernier s’étonnait que les musul­
mans ne disposent pas de services
semblables. Mais où est donc
passé la communauté des musul­
mans quand le coran les qualifie de
communauté de témoignage ? Et
que tout dans leur religion les
appelle à la solidarité, au soutien
de leurs semblables. Certainement
entrain d’attendre les fonds arabes
pour les uns, pour les autres c’est
la nostalgie des siècles glorieux
des musulmans dans le monde qui
remplit leur imagination et les der­
niers en quête de leadership se bat­
tent plus pour leurs intérêts per­
sonnels que pour toute autre chose.
Pourtant ce n’est pas la mise en
œuvre d’un projet de centre de
santé qui est compliqué. Et l’Etat
accompagne toujours les initia­
tives communautaires et associa­
tives dans ce domaine. Du reste, on
connaît comment ont débuté les
activités du centre médical protes­
tant. Ce centre a fonctionné au
début sous forme de dispensaire
avec du personnel infirmier fourni
par l’Etat. Et progressivement, il
s’est agrandi jusqu’à recruter luimême son personnel en devenant
un centre de référence en matière
d’offre de soins. On a vu le minis­
tère de la santé, suite aux dom­
mages causés par les inondations
du 1er septembre, faire un don de
50 millions de f CFA et d’une
ambulance à ce centre.
On peut évoquer la responsabilité
des 1ers marabouts et responsables
musulmans qui n’ont pas eu la
clairvoyance de concevoir des pro­
jets sociaux et d’avoir maximisé
leurs efforts sur la construction de
mosquées. Cela est peut être vrai.
Mais ces derniers ont fait de leur
mieux pour nous permettre de
vivre notre foi. Ils ont travaillé
dans la limite de leur connaissance
car il faut le rappeler, beaucoup
d’entre eux n’ont pas fait l’école.

Aujourd’hui, la question de l’offre
sanitaire et de l’engagement dans
les autres domaines sociaux relève
de la responsabilité de la généra­

tion actuelle. Et ce ne sont pas les
compétences qui manquent. A tous
les niveaux, de la conception à la
mise en œuvre, il existe des
hommes et des femmes pour la
réalisation de ces projets au nom
des musulmans. Les associations
islamiques ont la responsabilité de
proposer aux musulmans une
vision globale de la ummah au
Burkina. Il faut arrêter ce cycle où
les autres enseignent vos enfants,
vous soignent, accouchent vos
femmes. Il ne restera qu’a vous
nourrir. Après cela quelle commu­
nauté de témoignage seriez-vous ?
Combien de personnes pourriezvous encore convaincre de la jus­
tesse et de la bonté de l’islam ?

L’élite musulmane doit particuliè­
rement s’impliquer dans cette
question. Elle a la responsabilité
de la réflexion et de l’action dans
la communauté. Elle doit proposer
aux responsables, les projets
concrets de santé et d’éducation et
prendre en main leur mise en
œuvre. Il faut que les musulmans
arrêtent de penser que le dévelop­
pement de l’islam se fera par les
fonds arabes. C’est parce que nous
somme restés dans cette logique
que la communauté est dans cet
état aujourd’hui. Nos projets doi­
vent trouver leur financement au
niveau local et cela est possible.
Personne ne viendra faire avancer
nos affaires si nous restons les bras
croisés.
Alors communauté de juste milieu
et de témoignage que diras-tu à ton
Seigneur quand tu as laissé tes
enfants éduqués par d’autres, tes
femmes accouchés par d’autres,
tes vieillards sans soins. Quel
témoignage fais-tu ? Ressaisis-toi,
cesses tes querelles intestines et
penses à ton développement, car il
est encore temps de faire ton
retard. Tes fils et filles t’accompa­
gneront. Offres nous des centres de
santé modèles et de référence,
nous avons aussi besoin de nous
soigner dans la quiétude ■

11

arole de femme

Formation et engagement de la femme
Par S.S

-

-ne
analyse
actuelle et sans
complaisance de
la situation des
femmes musul­
manes révèle des insuffisances
majeures dans leur formation et
leur engagement à tous les
niveaux. La formation et l’enga­
gement militant a constitué et
constitue encore un défi majeur et
permanent de la gente féminine.
Et pourtant aujourd’hui, plus que
jamais, l’engagement de la
femme est une nécessité absolue
et une exigence citoyenne car le
silence, l’enfermement, le retrait
ou l’absence sur les chantiers du
développement est une chose
révolue. Cette modestie maladive
de nos sœurs n’a aucun fonde­
ment religieux encore moins isla­
mique. L’Islam n’a-t-il pas porté
la femme de sa situation la plus
basse au plus haut niveau de
l’échelle sociale ? La réponse est
certes oui et l’on serait tenter de
se demander mais pourquoi traîne
-t elle toujours les pas ?

U

Les efforts sont certes faits pour
l’amélioration de la qualité de la
formation et de l’engagement de
nos sœurs par l’organisation d’ac­
tivités spécifiques aux femmes
comme les conférences, les jour­
nées spéciales et les séminaires.
Malgré cet état de fait, force est
de reconnaître que l’objectif visé
qui est celui de rendre les sœurs
compétentes, dynamiques et
engagées dans la lutte sociale ne
semble toujours pas atteint.

Cet engagement tant voulu et
recherché de la gente féminine
peut être ou est même confronté à
un certain nombre d’exigences
familiales, matrimoniales, profes­
sionnelles, sociales ou contex­
tuelles. Mais cela ne devrait pas

12

constituer un obstacle majeur à sa
formation et à son engagement
social. C’est donc à la femme de
trouver le meilleur moyen de s’en
sortir en dépit de tout.

Cela implique très certainement
la prise en compte de plusieurs
exigences dont la femme doit
s’approprier : une spiritualité et
une proximité avec l’Unique, une
sincérité et une pureté de l’inten­
tion car les « actes ne valent que

par l’intention qui les soutienne »
nous dit le Messager d'Allah.
Pour réussir sa formation, la
femme musulmane doit avoir la
volonté, la détermination dans le
travail et la persévérance face aux
épreuves. Elle doit aussi et surtout
faire preuve de modestie et d’hu­
milité, «Soyez modeste jusqu’à ce
que nul ne se vante de sa supério­
rité sur son prochain et que nul
n'agresse son prochain» hadith.
La bonne collaboration et l’esprit
de discernement doivent guider sa
conduite et constituer ainsi une



source de stabilité psychique,
psychologique et morale pour la
famille et partant la société. Elle
doit avoir confiance en ces quali­
tés et capacités personnelles et
être toujours à la recherche d’une
formation de pointe, permanente,
soutenue et actualisée. Une bonne
culture générale et une connais­
sance parfaite de son contexte et
de son public cible l’aideront
dans son action.

La construction d’une société
islamique moderne, de paix et de
justice sociale passe aussi bien
par l’homme que par la femme
qui constitue d’ailleurs son pivot
et son centre d’intérêt. L’éduca­
tion sociale et le changement
positif des mentalités pour une
vie sociale harmonieuse est une
responsabilité et un devoir qui
incombent à l’homme et surtout à
la femme compte tenu de ses pré­
dispositions féminines naturelles.

L’histoire musulmane nous révèle
des exemples édifiants de

femmes musulmanes engagées et
déterminées comme Soumaya,
khadijat et Aicha pour ne citer de
celles-ci. Grâce à sa perspicacité
et sa curiosité aiguisée par le sens
de la perfection, Aicha finit par
exceller dans toutes les sciences.
Elle a élaboré ainsi sa propre
méthodologie dans l’interpréta­
tion du coran, rapporta plus de
2000 hadiths et forma bon nom­
bre de savants de l’époque. Aicha
était considérée comme l’un des
grands exégètes de son époque et
le Prophète (SAW) dit en parlant
d’elle « Compléter votre religion
auprès de cette dame ». Les
femmes musulmanes trouveront
dans ses grandes figures fémi­
nines la meilleure indication de ce
qui permet à la femme ou à
l’homme d’être savant.
Et au coran de s’interroger, sontils égaux ceux qui savent et ceux
qui ne savent pas ? L’importance
de la recherche du savoir lui a
donné un caractère obligatoire et
un devoir pour tout croyant de
toute époque. Ainsi dit, la femme
doit travailler à acquérir toute
science susceptible d’améliorer
ses conditions de vie et de travail.
Autrement dit, toute science pou­
vant contribuer à son bien être
physique et spirituel.
Il est crucial de viser l’améliora­
tion de la qualité de la formation
et de l’engagement de la femme.
Pour l’émergence véritable de la
communauté musulmane, nous
avons besoin de l’apport de la
gente féminine à tous les niveaux.
Cet appel à une prise de
conscience féminine est un cri de
cœur qui a l’espoir d’être
entendu, apprécié à sa juste
valeur et mise en œuvre par la
gente féminine dans le soutien
indéfectible de l’autre moitié ■

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Le çon de vie
Tel comportement, telle culture spirituelle
Par Idriss

her lecteur, ce

C

mois-ci je n’ai
pas de fait divers
à te raconter.
Mais j’ai autre

exaltant et glorifiant le TrèsHaut.

Comment pourrais-je oublier
ces printemps de ma foi ? Ces
bonnes habitudes que j’avais de
chose à te proposer. Une inquié­
jeûner le lundi, jeudi, Arafat, les
tude ou des inquiétudes rela­
13,14,15, la décade zoul hidja
tives à la spiritualité. Cette
sans m’interdire la participation
chose dont tout le monde parle
ponctuelle aux activités organi­
mais que visiblement chacun
sées par les associations isla­
peine à appliquer. L’homme est
miques. C’était la concrétisation
divers et ondoyant dit-on. La
par excellence de cette recom­
spiritualité est d’autant plus
mandation divine. «Ô croyants !
fluide et instable.
Voulez-vous que Je vous indique
Des débuts glorieux,
J’en ai connu en spiritualité.

J’entrai dans l’islam avec cette

volonté ferme de marquer une
rupture profonde avec les pra­
tiques traditionnelles qui n’assortissaient pas à la volonté allahique. Contre vents et marées,
contre critiques et menaces, pri­
vations et malédictions, je tins
bon. Alhamdou lil-lah. Il y avait
de quoi, car la lecture de cette
sourate m’édifia tant je m’y
retrouvai entièrement. J’appris
rapidement les rudiments de la
prière, du jeûne,...

un commerce qui vous sauvera
d’un châtiment cruel? C’est
celui de croire en Dieu et à Son
Prophète ; de lutter pour la
Cause de Dieu par vos biens et
vos personnes. Cela est dans
votre propre intérêt, si vous
pouviez savoir ! En échange,
Dieu vous pardonnera vos
péchés et vous accueillera dans
des Jardins baignés de ruis­

seaux et dans de magnifiques
demeures au Paradis d’Éden. Et

ce sera pour vous le triomphe
suprême !» S61 Quelle époque !
Des privations, je sus en faire :
cinémas, télévision, vidéoclub,

Je ne manquais aucune occasion
d’exécuter les obligations

bar, alcool, femme, regards mal­
veillants, mensonge, médisance,

divines au moment indiqué,
malgré les occupations et obsta­

vols, haine, égoïsme, paresse.
Des sacrifices aussi, je ne m’en
privais jamais lorsque l’occa­
sion se présentait : cotisations
diverses ; missions au compte
de l’association, aide et assis­

cles. Mon quotidien était bien

garni et rythmé : prières, études,
coran, lectures islamiques, ren­
contres et activités musulmanes.
Mon sommeil était certes lourd.

Toutefois ma force spirituelle de
l’époque n’éprouvait aucune

peine à m’arracher de mon lit

pour accomplir des prières surérogatoires. Il m’arriva à plu­
sieurs reprises de veiller toute
une nuit, seul dans ma maison,
et récitant le coran, priant,

Preuve n° 31 -Mai 2010

dompté ses passions, c’est le
Paradis qui constituera son
séjour..» Quelle glorieuse
période !!
J’étais encore sur les bancs.
Déjà j’avais beaucoup appris,
réalisé sur le plan spirituel.
Ensuite les choses ont évolué.
Qu’est-ce qui m’est arrivé ?
J’ai terminé les études et suis
rentré dans la vie active. J’ai
tout comme l’impression que la
situation s’est renversée.

Tout d’abord ma vigilance a
baissé. Je ne fais plus trop atten­
tion à l’interdit. Je regarde la
TV, et vais au cinéma sans trier.
Pourtant au début, je disais
Astaghfiroul-lah à la vue d’obs­
cénités ; maintenant et de plus
en plus j’ai envie d’assister à la

fin. Sans oublier que je prends
plus de goût à écouter des chan­
sons et à regarder des clips. J’ai
perdu le réflexe de discipliner
mon regard étant donné d’ail­
leurs que je me laisse convain­
cre que c’est la vie qui est deve­
nue ainsi. Quelle vie ! ! ! Cela me
fait frissonner quand je parcours
ce hadith réformateur de
conscience : «que celui d’entre
vous qui est témoin d’un mal, le
corrige avec ses mains, s’il ne
peut, avec sa bouche, s’il ne
peut qu’il le condamne avec son
cœur ; ceci est le plus bas degré
de la foi ».

tance diverses aux frères et

Cher lecteur, à quel niveau

sœurs... Exactement comme
m’y exhortait la sourate 79 :
«alors quiconque se sera

sommes-nous ? Je ne puis
répondre.

conduit en rebelle, préférant la
vie d’ici-bas, aura, en vérité,
l’Enfer pour refuge ; tandis que
celui qui, redoutant de compa­
raître devant son Seigneur, aura

Ensuite il y a cette paresse

indescriptible mais surtout
incompréhensible qui s’empare
de mon corps et de ma volonté.
Pour preuve, je ne me rappelle
plus de quand j’ai effectué ma


dernière prière nocturne ; du
moins, c’était la dernière nuit de
ramadan. En plus, c’était
comme si le jeûne de chawal
m’avait proscrit le jeûne surérogatoire.

Depuis un certain temps, je cal­
cule mes dépenses et compte
mon argent avant de jeter une
piécette dans la caisse de la
mosquée. Le plus dur est le sou­
venir douloureux que j’ai de ce
geste, lorsque je me dis qu’il a
renforcé ou précipité ma galère.
Quelle vie !
Dans ces derniers temps, j’ai
peur de tout : la maladie, les
rumeurs, les cauchemars, l’obs­
curité, les superstitions ; j’ai
comme l’impression que ma
flamme spirituelle vacille, sinon

agonise.
Pourquoi
suis-je
étonné ? Le Messager(SAW)
m’avait pourtant prévenu : «La
foi est comme le fer; si on ne

l’entretient pas elle se rouille».
Je ne récolte que les peaux cas­
sées de ma négligence, de mon
oubli. J’ai cessé d’œuvrer dans
le sens de maintenir la bonne
santé de ma foi et, au contraire

toutes mes attitudes ont
concouru à compromettre tous
mes acquis.
A cette allure le pire est à crain­
dre. Mon dernier rempart ne

peut se trouver que dans les
actes cultuels obligatoires. Faire
les cinq prières à la mosquée,
jeûner les 30 ramadan, donner
la zakat.

Cher lecteur, au début, exécuter
ces obligations divines relevait

du naturel pour moi. Avec cette
baisse du mercure spirituel, leur
accomplissement à l’heure et à
la mosquée est devenu un objec­
tif. De plus en plus je lutte pour

13

Le çon de vie
y accomplir trois sur cinq.

film, un match de football. Pen­

Quelle régression !!

dant combien d’heures ? Je ne
sais pas exactement : 2, 3, 4 ou

lah : «Je prends le temps à

ter de le côtoyer. Désormais je

témoin que l’humanité court à

ne suivrai plus la TV parce

qu’elle est en marche, mais je

5 heures par jour. Et quand

sa perte, hormis ceux qui
croient, pratiquent les bonnes

Il n’y a pas de fumée sans feu,
dit-on. Ali (RA) nous martèle :

arrive l’heure d’aller au lit, je

œuvres,

recommandent

émission précise. Je diminuerai

me découvre une lourdeur inhi­

mutuellement la droiture et se

considérablement mes fréquen­

«jugez vous avant d’être jugé».
Alors je décide d’approfondir

bant mes volonté et capacité à
exécuter ne scrait-cc que deux
rakates. Pourtant selon Allah,

recommandent mutuellement
l’endurance !» Ainsi, je dois

A qui la faute ?

ce mca culpa.
Tout de suite j’accuse mon pro­
gramme d’activité. Il est très
chargé : beaucoup de ce temps

prier sera plus salutaire que de

est consacré à ma profession ; la
TV, la radio, les cérémonies se

Je suis toujours occupé à courir,
tel un chef de gouvernement.

s’accrocher à ces choses éphé­
mères : «SI3»

se

revoir ma façon de gérer mon
temps. Il me faut, à cet effet,
dresser un emploi de temps fia­

ble, réaliste et exhaustif : j’y
inclurai mon travail, le coran, le
zikr, les activités sociales. Je

partageant le reste. Je me
retrouve ainsi toujours coincé

l’allumerai pour suivre une

tations au “’grain”.

J’ai aménagé à coté d’une mos­
quée récemment. Pour l’accom­
plissement des prières, il y a une

nette amélioration. Al hamdou
lil-lah. Je vais aussi changer
mes habitudes nocturnes : je
mangerai tôt, si possible léger;
je dormirai tôt avec un réveil

posé un peu loin de moi.

entre deux activités. Le portable

Je m’efforcerai à écouter les

m’accapare le menu temps que
j’avais consacré à mon zikr. En

prêches, conférences sans dis­

vérité cet emploi du temps n’est

tinction de thèmes ou d’expo­
sants. Au finish, j’en sortirai
toujours grandi en science sans

que potentiel : il n’est pas plani­
fié, rationalisé, actualisé, d’où
son inefficacité. Très souvent,

oublier que je me donnerai de la

rien n’étant prévu, j’exécute ce
qui me vient tout de suite à l’es­

peine à ruminer les exhortations
que j’entendrai.

prit, reléguant ainsi le plus

Cher lecteur, je ne suis pas sûr

important dans les oubliettes.

d’avoir cerné tous les paramè­

Au fait, il y a quelques mois de
cela ; j’avais renoué un peu avec

tres de la promotion spirituelle.
Je pense cependant qu’on peut

le rappel. C’était sans oublier

la comparer pour partie à un
portable. Lors des premiers pas
de l’individu dans la foi, à
l’exemple d’une batterie, Allah
charge
suffisamment
son

l’émulation à laquelle m’avait
entraîné la présence des frères.
Après ce séminaire, je gardai le

cap pendant deux semaines et je

relâchai ensuite. De ce fait,
l’éloignement du groupe spiri­
tuel se révèle un handicap pour
l’ascension spirituelle.

esclave de provisions spiri­
De retour à la maison, je suis
trop éreinté pour prier la nuit.
Alors je remets ces activités à

Par ailleurs cher lecteur, je ne
dois pas oublier de mentionner

demain. Demain, le même scé­

ces médias qui m’abreuvent
d’obscénités, d’insanités, de
distractions à tel point que mon

reporte au lendemain. Ainsi de
suite, cela fera bientôt une

cœur ne vibre qu’à leur rythme.
Cependant, ne devrais-je pas

De fermes résolutions, ont

nario se répète, alors je les

année.

être comme ces gens que le
Très-Indulgent décrit dans son

caractérisé la vie spirituelle de
nos pieux devanciers. Je vais
faire comme eux afin de sauver

noble Coran : «S23V» Les

ma pirogue qui tangue dans les

médias ont fini par émousser ma
volonté spirituelle. J’arrive faci­
lement, malgré mes occupations
nombreuses, à veiller sur un

marécages de la vie. Il n’y a pas
à se casser la tête.

14

Ma première résolution s’ins­
pire de glorieuses paroles d’Al­

réunirai quelques frères du

quartier autour d’un programme
spirituel adapté et individualisé.
L’émulation et l’énergie du

groupe donneront un coup de
pouce à ce cheminement spiri­
tuel. En plus cet emploi de
temps me rassure quant à la
réponse que je fournirai à la

question : «qu'avez-vous fait de
vote temps libre ?» le jour de la

résurrection.
Pour remplir avec plénitude sa
fonction, cette résolution a
besoin de mesures d’accompa­
gnement. Il faut s’abstenir de
l’interdit ; au mieux, il faut évi­

tuelles. En quelque sorte, ce
sont des anticorps qui l’aideront
à résister à toutes les tentations

et épreuves de la vie. Au fil du
temps, cette intensité peut bais­
ser. Alors il revient au musul­
man de la recharger à la borne

convenable. Nous devons nous
donner les moyens et les condi­

tions de notre cheminement
vers Allah. Allahoumma a’inna
ala zikkrik, wa choukrika wa
housni ibaadatika (Seigneur,
aide nous à ton souvenir, à Ton
remerciement et au perfection­
nement de l’adoration que nous
Te vouons). Aaamiina ! ! ! ■

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Extrait

Qui sont les musulmans modérés ?
==^=== ft/r Tariq Ramadan ■

La formule a fleuri à travers le
monde après les attentats du 11
septembre 2001 aux Etats-Unis.

Face à l’horreur et à l’inaccepta­
ble, on cherchait des «musulmans

modérés» capables de réagir, de
se distancer et de critiquer les
actions des «musulmans extré­
mistes », des «fondamentalistes»

musulmans est celte confusion
générale des ordres : parce que,
dit-on, l’islam ne fait pas de diffé­

affirme «Facilitez les choses, ne
les rendez point difficiles» et il
donnait lui-même l’exemple en

cool ou qui pratiquent leur reli­

rence entre religion et politique,
on pourrait s’autoriser les qualifi­

choisissant

allégements

tout cas de façon invisible. Les

(comme de ne pas jeûner le rama­
dan en voyage) pour que les

histoires et les références ne sont
pas les mêmes et la notion de

cations générales sans distinguer
les conceptions et les pratiques
religieuses des positionnements

politiques. Une perception sim­

ou des «islamistes». On a vu ainsi

plificatrice du «monde musul­

se créer deux camps : «les bons

man» permettrait ainsi de faire fi
des principes élémentaires de la

musulmans» et les «mauvais
musulmans», d ‘un côté ceux que
l’on nommait les «modérés», «les
libéraux», les «laïques», etc. et de

précise
des
domaines autant que du respect
des principes d’analyses issues de
catégorisation

les

gion «comme nous la nôtre»,
c’est-à-dire plus vraiment ou en

fidèles ne tombent pas dans l’ex­

modération est toujours à consi­

cès. C’est ainsi que, dès l’origine,
la majorité des savants ont com­
pris la formule coranique quali­

dérer de l’intérieur de chaque uni­
vers de référence.

fiant les musulmans de «la com­
munauté du juste milieu». Très
tôt, il est apparu deux tendances

dans la nature de la pratique :

Il ne faut pourtant pas nier que

parmi les différents courants
musulmans (littéraliste, traditionnaliste, réformiste, rationaliste,
mystique et exclusivement poli­
tique), il existe des interprétations

l'autre les «fondamentalistes»,

la théologie et du droit d’une part

ceux qui appliquaient les ensei­
gnements à la lettre sans tenir

les «extrémistes» ou les «isla­
mistes», etc. Cette catégorisation

et des sciences sociales et poli­
tiques d’autre part. Le sujet est

compte du contexte ou des allége­
ments (ahl al-‘azîma) et ceux (ahl

n’est en fait pas nouvelle car la

complexe et il faut commencer

ar-rukhas) qui tenaient compte de

listes, traditionnalistes et politisés
que l’on trouve les interprétations

littérature produite par les autori­

par sérier les questions : il

les plus fermées qui vont pro­

tés coloniales (sous les règnes bri­

importe d’abord d’étudier la

ces derniers et de la flexibilité de
la pratique selon le contexte

tanniques, français ou hollandais

question d’un point de vue reli­

par exemple) et certains orienta­

gieux. Existe-t-il ou non une
modération par opposition à des

listes à la fin du XIXème et au
début du XXème siècle présen­

social et l’époque et en situation
de besoin (hâja) et/ou de nécessité
(darûra). L’immense majorité des

excès dans la pratique des musul­
mans ? Comment peut-on catégo­

savants (ulamâ) et des musul­
mans à travers le monde ou en

ce même rapport binaire : il y a
les bons et les mauvais et les

riser les différentes tendances qui

Occident (quelles que soient les
traditions chiites ou sunnites et

«bons» sont ceux qui soient colla­

Qu’en est-il des positionnements
politiques des uns et des autres ?

tent souvent les musulmans selon

s’expriment au sein de l’islam ?

les écoles de droit) promeuvent et

soit acceptent les valeurs et les
coutumes du dominant. Les
autres, les «résistants», religieu­

Sur un plan plus global, que peu­
vent nous apprendre les diffé­

suivent la voie de la modération et
de la flexibilité dans la pratique.
Ils restent stricts sur les principes

rentes perceptions de «l’Occi­

fondamentaux mais proposent

sement, culturellement ou politi­

dent» ? L’ordre et la nature de ces
questions permettent de clarifier

des adaptations selon l’environ­

la question relative aux «musul­

est-ce déjà à ce premier niveau

mans modérés» et nous allons

qu’opère un premier malentendu

tâcher de les aborder successive­

sur la notion de modération. Dans

ment.

les sociétés occidentales où la

borent avec la présence coloniale

quement sont presque systémati­
quement qualifiés négativement :
ils sont «l'autre» et le «danger ».
Les temps ont pourtant bien
changé mais les structures men­
tales, les cadres de références et
les qualifications simplificatrices
et simplistes restent très présents

dans les débats intellectuels, poli­
tiques et médiatiques de notre
époque. De quoi parle-t-on au

demeurant ? De pratiques reli­
gieuses modérées ? De positions
politiques ? Du rapport à la vio­
lence ? Du rapport à l’Occident ?
Ce qui caractérise le débat
contemporain sur l’islam et les

La Preuve n° 31 -Mai 2010

Le thème de la modération dans

la pratique traverse la littérature
islamique depuis l’origine. Dans
le Coran et dans les traditions
prophétiques

qui

l’accompa­

gnent, les musulmanes et les
musulmans sont appelés à luire
preuve de modération dans tous

les domaines de la pratique.
«Dieu veut pour vous lafacilité et
non la difficulté» rappelle le
Coran et Muhammad (PBSL)

nement et l’époque. Sans doute

pratique et la visibilité quoti­

diennes de la religion sont quasi­
ment absentes (même aux EtatsUnis où la référence religieuse est
plus présente), le fait de parler de
prière, de jeûne, d’obligations
morales et vestimentaires liées à

la religion semble déjà presque

excessif. Les musulmans modé­

rés seraient donc ceux qui ne
manifestent pas de distinction
vestimentaire, qui boivent de l’al­

dogmatiques et excessives. C’est
bien sûr dans les courants littéra-

mouvoir des avis juridiques qui
ne tiennent pas compte des
contextes historiques et sociaux
tant sur la pratique proprement
dite que sur la culture, les rela­
tions humaines, les femmes ou
les rapports avec les «non musul­

mans». Vis-à-vis de ces derniers,
certains groupes peuvent inviter
les musulmans à ne pas engager
de relations avec les chrétiens, les
juifs ou les athées, voire parfois

tenir des propos de rejet ou d’hos­
tilité à leur encontre. Sur le plan

interne, certains de ces groupes

minoritaires critiquent les autres
tendances musulmanes et vont

même jusqu’à remettre en cause
le caractère islamique de leur

croyance et de leurs pratiques. Ce
qui est troublant, et rend les caté­

gorisations très complexes, c’est

que des groupes réformistes,
rationalistes ou mystiques déve­
loppent - sur le plan interne - la
même attitude dogmatique vis-àvis de leurs coreligionnaires délé­
gitimant leur appartenance avec
des jugements tranchés et parfois

exclusivistes. On le voit, la modé­
ration est multidimensionnelle et

15

Extrait
ne s'exprime pas seulement par
rapport à l'Occident ou aux «non
musulmans». Il importe de recon­
naître et de respecter la diversité
des interprétations islamiques car
c’est le seul moyen de pouvoir
engager un dialogue intracommu­
nautaire
si
nécessaire
aujourd’hui.
L’analyse des positionnements
politiques rend les choses plus
complexes encore tant la confu­
sion est grande et les qualificatifs
changeants. De qui parle-t-on et
de quoi parle-t-on au juste ? La
question de la modération poli­
tique est tout à fait subjective.
L’exemple de l’Afghanistan est
assez symptomatique : les mêmes
qui hier étaient présentés comme
des «résistants» face à l’invasion
russe sont aujourd’hui décrits
comme
des
«terrorixtex»
lorsqu’ils font face à l'occupation
américano-britannique. Si tout le
monde s’accorde à condamner les
actes de terrorisme ciblant des
civils aux Etats-Unis, à Casa­
blanca, Bali, Amman, Madrid ou
Londres qu’en est-il de la résis­
tance irakienne, afghane ou pales­
tinienne vis-à-vis d’occupations
considérées ou perçues comme
illégales ? Les «extrémistes»
sont-ils les résistants et les
«modérés» ceux qui acceptent la
présence des forces américaines,
britanniques, russes ou israé­
liennes ? Ou encore les opposants
diabolisés,
unilatéralement
décrits comme «extrémixtex» ou
«terrorixtex»,
par
certains
régimes despotiques ? Qui décide
et à partir de quels paramètres ?
J’ai eu personnellement à faire
avec ce type de qualification à
géométrie variable, Reçu en 2003
au Département d’Etat américain
j’y étais présenté comme un
musulman «ouvert» et «modéré».
Près d'une année plus tard, sous
l’administration Bush, mes cri­
tiques sur la politique américaine
en Irak et en Palestine (dont je
reconnaissais la légitimité de la
résistance sans en cautionner

16

aucunement les attaques contre
les civils et les innocents) m’ont
transformé en potentiel «soutien
dex terrorixtex» et m’ont interdit
d’entrer aux Etats-Unis. Six ans
plus tard, l'accusation en relation
avec le terrorisme est tombé et
voilà
que
l’administration
Obama, considère que mes opi­
nions ne sont pas dangereuses et
que je suis utile au débat critique
autour de l’islam : je peux à nou­
veau entrer sur le territoire améri­
cain. Non seulement la «modéra­
tion» politique est un concept dis­
cutable mais la confusion entre
les sphères religieuses et poli­
tiques rend l’analyse plus aléa­
toire encore. On suppose très vite,
bien trop vite, qu’une femme ou
un homme religieusement «libé­
rale)» quand il est question de la
pratique de l’islam va développer
des opinions politiques tout
autant «libéralex». Or, il n’en est
rien et les exemples sont légions
d’acteurs politiques, d’intellec­
tuels ou de militants associatifs
qui sont effectivement des musul­
mans avec des conceptions et des
pratiques très libérales (ou
absentes) mais qui politiquement
soutiennent des régimes dictato­
riaux et très durs. La modération
religieuse ne dit rien de la modé­
ration politique : on tend parfois à
confondre ces ordres dans les
analyses proposées en Occident.
Des études plus minutieuses
s’imposent afin de permettre une
évaluation plus claire des posi­
tionnements respectifs et des ten­
dances religieuses et politiques en
présence.
Le rapport à «l'Occident» est
également un paramètre intéres­
sant pour évaluer les positionne­
ments religieux et politiques des
musulmans contemporains. Si les
groupes extrémistes violents
envisagent le rapport à l’Occident
sous l’angle exclusif de l'opposi­
tion et du rapport de force reli­
gieux, politiques, culturels et éco­
nomiques ; la très grande majorité
des musulmans du monde - et

notamment bien sûr les Occidents
musulmans - reconnaissent les
acquis des sociétés occidentales
tout en revendiquant le droit à
déterminer pour eux-mêmes les
contours de leurs identités, de
leurs pratiques et de leurs espé­
rances spirituelles. En ce sens les
critiques et les rejets de l’Occi­
dent sont d’abord liés à un refus
du rapport de domination poli­
tique, économique et culturelle.
La religion est souvent un vecteur
de mobilisation naturelle dans les
sociétés majoritairement musul­
manes mais ce qui est critiqué est
avant tout la main mise politique
et économique et les incohé­
rences du soutien occidental aux
régimes les plus autocrates et les
plus corrompus. Le discours stric­
tement religieux est très majori­
tairement modéré vis-à-vis de
l’Occident et ce même dans les
rangs de mouvements islamistes
de la Malaisie jusqu’au Maroc en
passant par le gouvernement turc
actuel dont l’objectif est d’adhé­
rer à l’Union européenne. L’aire
de tension et de potentiel conflit
n’est pas religieuse et n’a rien à
voir avec l’islam ou les «musul­
mans modérés» : il s’agit de ques­
tions politiques qu’il conviendrait
de traiter comme telles.
On peut en Occident décider que
les musulmans modérés sont
ceux qui sont invisibles, ou ceux
qui nous ressemblent, ou encore
ceux qui acceptent les termes de
leur domination. De tels raisonne­
ments et conclusions ne permet­
tront pourtant pas de comprendre
les dynamiques qui traversent les
sociétés majoritairement musul­
manes et les communautés éta­
blies en Occident. Or celles-ci
sont multiples et complexes : il
existe un débat strictement reli­
gieux (en terme de philosophie du
droit islamique et de ses fonde­
ments) sur la notion de modéra­
tion (wasatiyya) qu’il est impor­
tant d'appréhender dans toute son
envergure. Il permet de mieux
comprendre les enjeux des débats

intracommunautaires entre les
différentes tendances et les dispo­
sitions exclusivistes et parfois
dogmatiques au sein des courants
apparemment les plus ouverts.
Cette approche permet d’aborder
les questions politiques avec
moins de parti pris et/ou de naï­
veté. Une fois condamnés les
groupes extrémistes violents qui
tuent les civils et les innocents, il
convient de contextualiser les
positions politiques afin de ne pas
simplifier la grille d'analyse avec
des conclusions du type : les
«modérés» sont ceux qui nous
soutiennent ou nous ressemblent
et les autres sont des fondamenta­
listes ou des islamistes extré­
mistes. Ces considérations sont
idéologiques et entretiennent des
confusions qui ne permettent pas
d’appréhender la nature des
enjeux d’abord essentiellement
politiques et économiques. C’est
bien ce que cache la rhétorique du
«conflit des civilisations» qui
oppose en termes religieux et cul­
turels des entités construites qui
ne traduisent en rien les aspira­
tions de justice et de liberté qui
s’expriment dans les deux univers
de référence. C’est en ce sens que
la voix de ceux qui défendent
avec force la modération reli­
gieuse (qui représente nous
l’avons dit l’immense majorité
des musulmans) doit se faire
entendre de façon plus «radicale»
afin de traduire en des termes
adéquats la similarité des valeurs
éthiques mais aussi la nature des
rapports de force politiques et
économiques profondément dis­
symétriques. Il importe que ces
voix se fassent entendre et expri­
ment que la modération reli­
gieuse, d’une part, peut se marier
avec la radicalité d’un discours
politique, non violent et démo­
crate, opposé à la domination, à
l’exploitation et à l’oppression
sous toutes ses formes ■

La Preuve n° 31 -Mai 2010

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