Nouvelles mesures de sécurité dans le Soum : l'heure du réveil a-t-elle enfin sonné ?

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Titre
Nouvelles mesures de sécurité dans le Soum : l'heure du réveil a-t-elle enfin sonné ?
Editeur
Le Pays
Date
8 mars 2017
Résumé
C'est plus facile de combattre les djihadistes par des tirades et autres incantations que par des actes efficaces, observables et mesurables. Ce reproche, fusant de partout et à juste titre à l'encontre du gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré, commence-t-il à produire ses effets ? Pour prévenir, en effet, les nombreuses attaques enregistrées dans la partie Nord du Burkina depuis ces derniers mois, le gouvernement a instauré une interdiction de circulation sur les automobiles, les motocyclettes et les tricycles. De ce fait, il est désormais interdit de circuler sur ces engins, de 17h du soir à 6h du matin, jusqu'à nouvel ordre. Il faut préciser que cette mesure gouvernementale couvre les zones allant de Baraboulé, Nassoumbou, Oursi, Déou à Markoye. Pour s'aventurer dans ces espaces où le péril djihadiste rode au quotidien, de jour comme de nuit, même les ambulances devraient désormais montrer patte blanche. Et l'on peut comprendre pourquoi on en est arrivé là.
Couverture spatiale
Djibo
Soum
Droits
In Copyright - Educational Use Permitted
Langue
Français
Source
Archives Le Pays
Contributeur
Frédérick Madore
contenu
C'est plus facile de combattre les djihadistes par des tirades et autres incantations que par des actes efficaces, observables et mesurables. Ce reproche, fusant de partout et à juste titre à l'encontre du gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré, commence-t-il  à produire ses effets ? Pour prévenir, en effet, les nombreuses attaques enregistrées dans la partie Nord du Burkina depuis ces derniers mois, le gouvernement a instauré une interdiction de circulation sur les automobiles, les motocyclettes et les tricycles. De ce fait, il est désormais interdit de circuler sur ces engins, de 17h du soir à 6h du matin, jusqu'à nouvel ordre. Il faut préciser que cette mesure gouvernementale couvre les zones allant de Baraboulé, Nassoumbou, Oursi, Déou à Markoye. Pour s'aventurer dans ces espaces où le péril djihadiste rode au quotidien, de jour comme de nuit, même les ambulances devraient désormais montrer patte blanche. Et l'on peut comprendre pourquoi on en est arrivé là.

Une chose est de prendre des mesures, une autre est de les rendre opérationnelles

En effet, les fous de Dieu ont du génie à revendre en matière d'astuces pour détourner la vigilance des forces de l'ordre et de sécurité. L'on se souvient encore que pour se donner toutes les chances de frapper le Radisson Blu de Bamako, les ingénieurs du mal s'y étaient rendus à bord de véhicules arborant des insignes diplomatiques. Avec donc ces gens, sait-on jamais. Le mieux, c'est de balayer sa case pour éviter de donner raison au scorpion en cas de piqûre. Bref, l'on peut déjà saluer le gouvernement pour les mesures prises, dont l'objectif vise manifestement à réduire les possibilités de mouvement des disciples de celui qui ne cache plus son ambition de faire flotter le drapeau de l'Etat islamique sur le Djelgogui* . La politique, dit-on, est une juste appréciation de la situation. L'on peut en dire de même de la sécurité. En effet, l'on peut faire le constat que les auteurs de la plupart des attaques dans la zone, ont régulièrement utilisé des motos. C'est sans doute pour cette raison que ce type de moyen de locomotion a été ciblé dans les nouvelles mesures de sécurité. Mais une chose est de prendre des mesures, une autre est de les rendre opérationnelles. Une autre encore est de procéder à des évaluations au quotidien, pour mesurer le degré d'atteinte des effets escomptés. Car, non seulement ces fous de Dieu sont davantage motivés lorsqu'il s'agit de braver les interdictions, mais aussi ils disposent de bien des moyens suffisamment commodes pour arpenter les dunes et autres sentiers sinueux des localités frappées par l'interdiction gouvernementale. Les baudets, dromadaires et simples vélos peuvent constituer des moyens de rechange. D'ailleurs, ils ont l'avantage d'être moins bruyants et donc plus discrets que les engins qui ont été épinglés par la mesure gouvernementale. Sans oublier que même à pied, ils ont la latitude d'assurer le service funeste avec efficacité. Les terroristes peuvent d'autant plus le faire qu'ils sont dopés par l'idéologie du mal à eux servie par les gourous de la galaxie djihadiste. Nous voulons signifier par là que pour se donner plus de chances de leur faire barrage, le gouvernement serait bien inspiré d'avoir plusieurs flèches dans son carquois. Bien sûr, des mesures comme celles que vient de prendre le gouverneur du Sahel peuvent y contribuer. La riposte armée également. De toute évidence, ces flèches ne suffisent pas pour abattre le monstre. L'illustration de cela, c'est l'incapacité de la première puissance militaire du monde, c'est-à-dire les Etats-Unis, à venir à bout des Talibans en Afghanistan et ce, depuis plus d'une décennie. Et l'on peut citer à foison d'autres cas. Il ne s'agit pas là de faire l'apologie du djihadisme mais d'inviter le gouvernement, en plus des mesures déjà mises en place pour casser du terroriste dans le Sahel burkinabè, d'explorer dans les meilleurs délais d'autres pistes de lutte.

Il faut éviter les bavures

Celle que l'on peut suggérer premièrement, consiste à mettre à contribution les voix les plus autorisées en matière d'islam dans la zone, pour déconstruire l'argumentaire développé par Malam Dicko. Et la zone de Djibo ne manque pas de ce genre de personnes. Au Maroc, par exemple, le Roi a eu l'idée géniale de contrer, par érudits musulmans interposés, le discours idéologique des fous de Dieu. Plus proche de nous, au Sénégal, les puissantes confréries musulmanes ont offert leurs services pour  endiguer la vague islamiste qui a déferlé pratiquement sur l'ensemble des pays du Sahel africain. L'autre piste à explorer avec détermination, est liée à la question du développement de la zone. L'on peut objecter à ce niveau en brandissant l'argument selon lequel le pays manque de moyens pour investir dans la zone. Cela n'est pas totalement faux. Mais le meilleur moyen de conjurer l'éventualité d'une adhésion des populations au projet de société de Malam Dicko, est de tout faire pour améliorer de manière significative les conditions d'existence des populations en termes de construction de routes, de barrages et de création d'emplois pour les jeunes. C'est la condition à remplir pour que ces milliers de personnes, qui sont accablées par la faim et la soif et dont les enfants, faute de perspectives, s'adonnent aux pratiques addictives, se convainquent que l'Etat est un instrument au service de leurs intérêts. C'est un impératif catégorique pour l'Etat, de se fixer ce cap au Burkina de manière générale et dans le Sahel de façon particulière. Pour revenir spécifiquement aux nouvelles mesures prises dans le Soum à l'effet de réduire voire éradiquer les attaques djihadistes, l'on peut se poser la question de savoir si l'heure du réveil de l'Etat a enfin sonné pour le gouvernement. En effet, depuis que la zone est l'objet d'attaques terroristes récurrentes, l'on pouvait avoir l'impression que la seule réponse servie se résumait à dépêcher des ministres pour aller constater les dégâts et écraser une larme dans la foulée. Cette fois-ci, avec ces nouvelles mesures, l'on peut être tenté de dire que l'Etat monte en puissance dans sa stratégie de riposte. Mais les choses doivent se passer avec professionnalisme. Car toute dérive pourrait apporter de l'eau au moulin de Malam Dicko. C'est pourquoi ces mesures doivent être au centre d'une communication sociale pour non seulement informer les populations, par les supports les plus appropriés, mais aussi leur en expliquer le bien-fondé. Toutes les personnes de bonne volonté de la zone doivent être étroitement associées à l'opération. Cela est rendu d'autant plus indispensable que le risque est grand qu'en voulant atteindre le margouillat, l'on atteigne l'écorce à laquelle il est accroché. Il faut donc éviter les bavures. Il faut s'employer aussi à éviter la paralysie économique que ce genre d'opérations peuvent susciter. Ce faisant, l'Etat a toutes les chances de se faire accompagner par les populations de la zone, dans l'exécution des présentes mesures et celles à venir pour extirper le Soum de la menace djihadiste. Car, il ne faut jamais oublier que le meilleur allié de l'Etat, dans son combat contre Malam Dicko et ses « talibans », ce sont les populations.

« Le Pays »

Djelgogui* Espace géographique et culturel placé sous la tutelle de l'émir de Djibo
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